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La France, seule au monde pour les « rythmes scolaires » !

À l’occasion d’une conférence débat à Elbeuf en décembre dernier, cette interview a été réalisée.

https://actu.fr/normandie/elbeuf_76231/claire-leconte-semaine-quatre-jours-nexiste-nulle-part-ailleurs-dans-monde_15703742.html

Réfléchissons bien pour nos enfants ! Pour leur devenir ! 

la juste colère de deux enseignants

LA CARTE SCOLAIRE : UNE BOMBE A RETARDEMENT
« L’école sera le creuset de notre cohésion » vœux 2018 du ministre J-M. Blanquer

Si l'automne est la saison des feuilles mortes, c'est en hiver que le « marronnier » de l’Éducation nationale voit tomber la liste des fermetures de classes. Explication. Chaque année est annoncée la carte scolaire, un étrange menu qui désigne notamment les écoles où il va falloir se serrer la ceinture. Certaines ouvriront des classes, mais en contrepartie, d’autres en fermeront.
    Depuis la rentrée 2017, un dispositif est mis en place : le dédoublement des enseignants sur les classes de CP d’écoles REP+. L’année prochaine, celui-ci est étendu aux CP de REP et CE1 de REP+ (puis, en 2019 de REP). Idée intéressante. Cependant, si pour ouvrir une classe il faut également en fermer une ailleurs, il en est de même pour ce dédoublement des classes de CP et CE1 dans les zones les plus sinistrées. Pour affecter des enseignants sur ces dispositifs, il faut forcément les prélever ailleurs, même dans des écoles dont les effectifs sont stables. Dès lors, chacun comprend que le généreux principe du dédoublement ne pourra se faire qu'au détriment d'autres écoles, et donc d'autres enfants.
    
En zone rurale…
Les académies de Besançon, Caen, Clermont-Ferrand, Dijon, Limoges, Poitiers et Rennes ne bénéficient d'aucune création de postes dans le 1er degré. D'autres académies se voient, certes, dotées de postes supplémentaires, mais loin du nombre nécessaire pour assurer le dédoublement des classes annoncé. Ainsi, Nantes reçoit bien 34 postes mais pour 137 classes. Nancy 36 emplois, mais pour 142 classes. Reims 20 pour...121. En campagne, la colère monte. L’impression que l’on déshabille la campagne pour habiller la banlieue, cela dans un contexte de sentiment d’abandon total (fermetures des maternités, postes, hôpitaux, gares…). Rappelons qu'au 2nd tour, dans nombre de nos campagnes, Marine Le Pen a été portée à des scores qui devraient appeler une toute autre vigilance, avec des villages atteignant les 70 % ! Comment expliquer à cet électorat - qui ne connaît des banlieues en général, et de l'immigration en particulier, que ce qu'en montre le journal télévisé - que l'école centenaire va fermer pour donner plus de moyens à des enfants qu'ils considèrent comme « étrangers » et « pas de chez nous » ?

En zone urbaine sensible…
Le sentiment d’abandon domine lui aussi les banlieues. Les familles éloignées du système scolaire ne le comprennent pas. Ces incompréhensions créent des violences de part et d’autre. Les enfants paient le prix fort de la misère économique et sociale. Les apprentissages deviennent alors secondaires. Quant aux enseignants, ils se sentent seuls. Ils n’ont plus l’impression de faire « leur métier » et n’en n’ont plus les moyens. Il n’y a qu’à compter les enfants laissés sur le bord du chemin… L’ignorance engendre la violence sous toutes ses formes et provoque un échec autrement plus coûteux (emploi, santé, justice...) que quelques postes supplémentaires. Dans le département du Val-de-Marne, c’est 95 classes qui vont être fermées. Sur 95, 73 sont en maternelle. Dans les Hauts de Seine, on compte 101 fermetures de classe, dont 78 en maternelle. Des effectifs vont grimper à près de 30 élèves, chose impensable chez nombre de nos voisins européens auxquels on nous compare pourtant.

Nous, enseignants en quartier sensible ou à la campagne, refusons qu'on nous oppose, qu'on oppose nos familles, qu'on oppose nos élèves. D'où qu'ils soient, ces enfants sont nos élèves.
Ils méritent respect, attention, considération, ambition, loin des effets d'annonce et des tactiques politiciennes. Que notre système éducatif se donne les moyens de ses ambitions. 
Nous appelons le ministère de l’Éducation nationale à réagir d'urgence pour désamorcer la bombe à retardement qu'il a lui-même enclenchée. A quoi vont servir nos leçons de grammaire et de calculs si nos jeunes grandissent dans la haine les uns des autres ?

Marion Audrain, maîtresse d’école à Alfortville (94)
Sylvain Grandserre, maître d'école à Montérolier (76)

L'éducation nationale, vraiment au service de chaque enfant ?

L’Éducation nationale, au service de tous les enfants ? 

Un peu d’histoire ! 
En 2008 le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos permet la suppression de la classe du samedi et la généralisation de la semaine de quatre jours dans l’enseignement primaire mais impose également la suppression de deux heures de classe obligatoires pour tous les enfants.
Son successeur Luc Châtel, dans le même gouvernement Sarkozy, lance une grande consultation sur les « rythmes scolaires ». 
Il installe un comité de pilotage pour la Conférence nationale sur les rythmes scolaires le 7 juin 2010. Cette conférence doit aborder la question de l’équilibre entre le temps de l’école, le temps de repos, les vacances, les activités sportives et culturelles. Elle dispose d’un large temps réservé à la réflexion, à la consultation et au débat. Son objectif est d’améliorer les conditions de vie et d’apprentissage des élèves dans le premier et le second degrés.
Voici ce qu’on lit alors sur le site du Ministère : 
« La consultation nationale sur les rythmes scolaires débute à travers une plate-forme de consultation publique en ligne, des auditions par le comité de pilotage et des débats dans les académies. Le site dédié www.rythmes-scolaires.fr propose aux internautes de s'informer sur la consultation, comprendre les rythmes scolaires, suivre les rencontres organisées et participer au débat en ligne.

La nécessaire modification des rythmes scolaires
Constat

Le système scolaire français compte l’un des plus grand nombres d’heures de cours en Europe. Mais ces heures sont réparties sur un nombre de jours de classe parmi les plus bas.
Les journées de cours sont trop longues pour les élèves. Ce rythme génère fatigue et stress. Il a des conséquences sur les résultats des élèves et sur le climat des établissements scolaires.

Remettre à plat la question des rythmes scolaires
La mission de l’École est de proposer à tous les élèves les meilleures conditions de vie scolaire, les plus favorables à leur apprentissage et à leur réussite. Une conférence ouverte à tous les acteurs et à toutes les propositions est donc nécessaire pour remettre à plat la question des rythmes scolaires.
Cette question y est abordée dans toutes ses dimensions : la durée et l’organisation des journées de cours, des semaines et l’ensemble du calendrier de l’année.

Améliorer les conditions de vie et d'apprentissage des élèves
Reconsidérer les rythmes, réaménager la journée et la semaine de cours ne signifie pas moins apprendre, mais mieux apprendre. Des journées trop chargées sont néfastes à l’apprentissage.
L’objectif de cette conférence est d’améliorer les conditions de vie et d’apprentissage des élèves. Une répartition des heures mieux adaptée aux rythmes des enfants et des adolescents, des heures de cours mieux réparties sur la semaine, une année plus équilibrée contribueront à un meilleur apprentissage et à une mémorisation plus efficace.
http://www.education.gouv.fr/cid51928/la-reflexion-sur-les-rythmes-scolaires.html#La%20nécessaire%20modification%20des%20rythmes%20scolaires

Ayant renoncé à mettre en place les changements prévus à cause des élections présidentielles de mai 2012, ce que j’ai regretté,   c’est son successeur au Ministère qui s’en chargera.

Mais le 18 mai 2010, Jean-Michel Blanquer, alors Directeur de l’enseignement scolaire, a été auditionné sur le sujet. On ne peut qu’être étonné par la situation en 2018 quand on lit dans le rapport d’information déposé le 8 décembre 2010 par la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale  ce qui a été consigné de cette audition : 

« Lors de son audition par la mission, le Directeur général de l’enseignement primaire scolaire au ministère de l’Education nationale, monsieur Jean-Michel Blanquer, a insisté sur le fait que la semaine de quatre jours n’avait pas été  « imposée » par la réforme de l’enseignement primaire de 2008, les conseils d’école étant en effet libres de répartir l’enseignement sur 8 ou 9 demi-journées. Selon le DGESCO, le ministre de l’Education nationale de l’époque avait d’ailleurs une  « préférence implicite », contrairement à ce que les textes pouvaient laisser croire, pour la semaine de 9 demi-journées, celle-ci présentant de réels avantages. En particulier la  « continuité de la semaine », résultant de ce mode d’organisation, est  « bonne pour l’enfant », ce dernier ayant besoin de régularité ; elle tend de plus à banaliser la scolarisation du mercredi, tout en permettant aux écoliers de bénéficier d’une vraie pause durant le week-end ». (IA1).
Cependant, malgré le choix qui a été ainsi laissé aux écoles, la semaine de quatre jours est devenue la norme en matière d’organisation du temps scolaire. Selon une estimation du ministère de l’éducation nationale, sur 49 498 écoles, un peu plus de 95 % fonctionnaient ainsi pour l’année scolaire 2009-2010. »
Notons quand même que quoi qu’en ait dit Jean-Michel Blanquer, le choix d’une semaine de 9 demi-journées n’était absolument pas la norme, c’était dérogatoire et il y avait obligation d’en prouver le bien-fondé sur le plan pédagogique mais aussi nécessité que les mairies investissent des financements pour l’accompagnement des enfants sur les temps ainsi libérés, ceci sans aucune aide de l’état.

Or le rapport continue : « Il est clair en tout cas que si la semaine de neuf demi-journées n’a pas été choisie, c’est parce que, comme l’a indiqué M. Jean-Michel Blanquer, directeur général de l’enseignement scolaire au ministère de l’éducation nationale, « le monde des adultes s’est entendu sur le monde des enfants » ».
Le rapport de l’Académie de médecine   « Aménagement du temps scolaire et santé de l’enfant », outre qu’il insiste sur la nécessité de respecter une régularité dans le sommeil des enfants, propose d’« organiser la semaine scolaire sur une journée moins longue : cinq heures par exemple et sur une semaine de quatre jours et demi ou cinq jours, comme dans la plupart des pays européens ». 
Jean-Michel Blanquer, qui se présente comme un ministre de l’Education nationale qui fonde sa politique sur « la science », non seulement oublie ses affirmations de 2010, mais ignore volontairement les préconisations de scientifiques reconnus. Il publie le 27 juin 2017   un décret relatif aux dérogations à l'organisation de la semaine scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires publiques, permettant d’autoriser des adaptations ayant pour effet de répartir les heures d’enseignement hebdomadaires sur huit demi-journées réparties sur quatre jours ! 
Et dès l’annonce de la publication de ce décret on a vu les adultes, parents et enseignants, monter au créneau pour que très vite celui-ci puisse être appliqué, avec le plus souvent uniquement des arguments de confort personnel. Il faut dire que ce n’est pas tout à fait nouveau puisque déjà en 1994, de juin à octobre, le Ministre de l’époque, François Bayrou, lance une consultation sur l’organisation des temps scolaires, puisqu’un décret de 1991 autorisait des dérogations à cette organisation. 40000 conseils d’école y ont répondu, 4 propositions étaient faites : maintien de la semaine actuelle avec le samedi matin, report du samedi au mercredi (le plus mauvais score), 4 jours avec raccourcissement des vacances (on est alors à 26 h de classe), (39%) et 4 jours à 6h30 ! 20% n’ont pas hésité à faire ce choix, soit le second en nombre de votes ! 
Jacques Chirac remettra de l’ordre dans tout ça en promettant lors de sa campagne présidentielle qu’il réformera les rythmes scolaires ; une fois élu il charge immédiatement son ministre jeunesse et Sports de réaliser cette promesse : une circulaire tri-ministérielle (EN, JS et Culture) imposera que toute nouvelle organisation étale les heures scolaires sur au moins 5 jours ! 

Mais comment ne pas être déboussolée de constater aujourd'hui que la hiérarchie de l’éducation nationale, IEN comme Dasen, sont capables de passer du blanc au noir en quelques semaines ! Jusque début 2017 ils étaient en grande majorité dans l’interdiction de déroger aux 9 demi-journées, y compris pour des projets de qualité respectant réellement les besoins des enfants et dès juillet, ils ne voyaient aucune contradiction à donner des dérogations à toutes les communes qui les demandaient ! 
Quant à leur comportement actuel, ils interrogent vraiment. Quelques exemples au hasard : 
J’ai rencontré dernièrement, lors d’une de mes conférences, un collègue universitaire qui m’a expliqué que son épouse est professeur des écoles. Dans leur commune, tous les enseignants de l’école ont voté unanimement de rester à une semaine de 4,5 jours. Leur IEN est alors intervenu pour leur faire comprendre que comme les parents étaient majoritairement pour les 4 jours, il leur faudra faire en sorte que le conseil d’école vote en ce sens !!

Une source sûre m’a fait savoir qu’un Dasen avait fait entendre aux IEN de son académie qu’il valait mieux que la semaine de 4 jours soit généralisée ! 

Dans une commune d’un département où le nombre d’enfants en grande difficulté est important,  où les conseils d’école voulaient majoritairement rester à 4,5 jours, et alors que des parents délégués avaient envoyé un courrier au dasen pour confirmer que ce choix était bien le leur, l'IEN sous pression a donné un avis favorable au retour à 4jours ! en osant évoquer le fait qu’il serait plus facile de gérer deux communes proches sur la même organisation sachant que l’une est déjà retournée à 4 jours ! Le DASEN a évidemment entériné le retour à 4 jours malgré l'intervention d’une collègue qui siégeait pour le snuipp: ils ont d'ailleurs eu un échange "vigoureux". Les parents prévenus aussitôt envisagent un recours mais je pense qu’on connaît la suite ! 

Enfin un parent a écrit au ministère pour dire « qu’elle suppose que la récente décision de permettre par dérogation aux communes de proposer un temps scolaire sur 4 jours au lieu de 5 a été prise suite à une réflexion approfondie priorisant l’épanouissement de l’enfant et le respect de ses rythmes d’apprentissage ». Ce parent s’appuyait d’ailleurs, comme elle l’écrivait, sur des instituteurs de sa connaissance qui lui avaient dit que bien que regrettant leur coupure du mercredi, ils avouaient qu’une matinée d’enseignement n’avait pas la même valeur que celle d’une après-midi. 
Constat nous semble-t-il, qu’ont fait tous les autres pays du monde !
Je joins à ce billet la réponse que ce parent a reçu du MEN, qui montre bien qu’avant le hien-être des enfants, d’autres préoccupations apparaissent. 
D’ailleurs en parallèle avec le constat que j’ai fait quant à certaines attitudes de DASEN, le courrier signifie que quand un consensus local se dégage, les services académiques peuvent alors décider d’autoriser ou non des adaptations ! Ces autorisations sont accordées sur la base de la cohérence des apprentissages et donc de l’intérêt des enfants !! Où est-il quand enseignants et parents veulent les 4,5 jours pour le bien des enfants et que c’est refusé par le DASEN ?
Il est aussi question du calendrier de l’année, le MEN rappelle alors que son élaboration répond à des exigences légales et à des principes retenus depuis plusieurs années en concertation avec les partenaires concernés, et notamment ceux en charge de la sécurité routière et du tourisme ! 
Il est évident que toutes les familles françaises partent constamment en vacances tout au long de l’année ! 
Non l’Éducation nationale n’a pas comme principe premier le respect de chaque enfant de ce pays.

Re ponse men

Re pnse men 2

Une pétition indigne d'un syndicat d'enseignants

Là où j'interviens pour des conférences invitées afin d'éclairer les adultes chargés de prendre des décisions concernant l'école des enfants, décisions qui vont avoir des effets loin d'être positifs pour l'ensemble des enfants, je suis actuellement précédée par une pétition qui circule, mais que je n'ai pas retrouvé sur le site du syndicat concerné. 

Ce syndicat oublie totalement que cette semaine de 4 jours a, en 2008, été généralisée en France pour permettre à l'état de gagner deux heures hebdomadaires pour la prise en charge des enfants en difficulté, réalisée par les enseignants de la classe, ce qui a permis au gouvernement de récupérer 8000 postes d'enseignants spécialisés et psychologues scolaires : jamais cette généralisation n'a été mise en place en vue de respecter les besoins des enfants, de permettre à chaque enfant de mieux réussir sa scolarité, ce que d'ailleurs avait confirmé à l'époque Lue Ferry. 

De plus alors que nous sommes déjà le pays le mieux équipé du point de vue des vacances scolaires (aucun autre n'a quatre fois deux semaines de vacances dans l'année, auxquelles s'ajoutent les jours fériés plus évidemment les grandes vacances), ce syndicat revendique de ne surtout pas toucher aux seules 36 semaines de classe, qui imposent dès lors des journées de classe très denses, très lourdes, qui n'existent non plus nulle part ailleurs et ne permettront jamais aux enfants en difficulté de tenir quotidiennement le choc de la contrainte attentionnelle pendant autant de temps. 

Mais qui, finalement, se soucie de ces enfants là ? Les parents, qui s'empressent de voter, pour leur confort personnel, le retour à 4 jours ? Les enseignants, qui y voient aussi le plus souvent, un confort personnel en ayant un déplacement par semaine en moins à faire, et une possibilité de bénéficier d'une soirée supplémentaire pour se détendre ? les élus, qui y voient un gain financier évident et des complexités de gestion éliminées ? Le ministre, qui a donné les pouvoirs aux communes de prendre LA décision, même si, par la suite, le DASEn doit donner son choix ? Mais je me permets aussi de le dire, parce que je l'ai vécu, l'éducation nationale, via sa hiérarchie, qui incite fortement les enseignants à faire le "bon choix" ?

Mais dans quelle société vit-on ? et dans quelle société prépare-t-on nos enfants à devenir des citoyens éclairés, désireux de vivre plus solidairement avec tous leurs concitoyens, et capables de développer un vivre ensemble digne de ce nom ?

Je suis totalement abasourdie par ce qu'on est en train de faire de notre école, publique, que l'on voudrait ouverte à tous, bienveillante et qui prépare des enfants curieux de tout, avides d'apprendre et désireux de participer à la construction d'une société où chacun est capable de réussir sa vie.

Voici cette pétition totalement contraire à ce souhait. 

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mieux gérer les temps à l'école

un numéro spécial de Blé 91 sur la gestion des temps à l'école 

 

http://cache.media.education.gouv.fr/file/Mediatheque/97/2/ble91-51_846972.pdf

 

gérer le temps scolaire

Comment utiliser au mieux le temps en classe, pour donner plaisir à apprendre à tous les enfants ?

 

https://laliguenormandie.org/wp-content/uploads/2017/11/10-Article-Claire-Leconte-Blé-91-new-1.pdf

 

de l'ambition de la refondation de l'école au retour au 16ème siècle

Le 9 octobre 2012, lors de la remise du rapport faisant suite aux concertations de l’été 2012, François HOLLANDE se dit "favorable" à une semaine de 4 jours 1/2 à l'école primaire, car « La réforme des rythmes n'est pas la clef de tout », mais « c'est le levier de la réussite ».

Quant à Vincent PEILLON, le 24 janvier 2013, il écrit aux maires : « Nous abordons, avec la réforme des rythmes, une phase importante de la refondation de l'École de la République. Elle influera sur l'organisation du travail des enseignants et leur manière même de travailler .... Ensemble nous devons mener à bien ce chantier important de la refondation ».
Dans l’annexe du projet de loi, on lit : « La réforme des rythmes doit agir comme un levier pour faire évoluer le fonctionnement de l’école autour d’un projet éducatif territorial ».


Dans la loi de refondation de l’école du 8 juillet 2013, on lit :
« Les fondements d’une école juste, exigeante et inclusive sont désormais posés et le texte crée les conditions de l’élévation du niveau de tous les élèves et de la réduction des inégalités. »
« Avec les projets éducatifs territoriaux (PEDT), la loi met la concertation locale au cœur de la question éducative ; c’est dans ce cadre que pourront être élaborés des projets prenant en compte la globalité des temps de l’enfant (scolaire, périscolaire, extrascolaire), notamment dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires au primaire. «
« Avec la publication de cette loi, la refondation de l’école va pouvoir continuer à se concrétiser sur le terrain. »


Le 22 août 2013, Jean-Marc Ayrault tient un discours devant les recteurs et directeurs académiques en vue de préparer la rentrée 2013. Voici ce qu’on lit dans ce discours : « La loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école promulguée le 8 juillet dernier marque l’ambition du Gouvernement et de la majorité d’une refondation profonde et globale de notre système scolaire. La réussite de tous est désormais le premier devoir de notre institution scolaire.
Cela ne se fera pas sans innover, car l’innovation est au coeur de la démarche pédagogique
C’est pourquoi nous avons décidé de retrouver des rythmes scolaires mieux adaptés à l’objectif de réussite de tous. ... D’ici deux à trois ans l’entrée en vigueur de cette réforme aura levé la plupart des interrogations qu’elle peut encore susciter. Et au-delà de la question des rythmes, les projets éducatifs territoriaux à venir doivent être une occasion de redéfinir la façon dont l’école, les parents, les collectivités, les associations, ensemble, prennent en charge la réussite de tous !
Soyez audacieux dans votre action et sachez rendre audacieux ceux dont vous avez la responsabilité ! ».


Lors de l'ouverture du forum sur les représentants de parents d'élèves et la coéducation, qui s'est déroulé le mardi 15 décembre 2015 au lycée Jean-Zay (Paris), Najat Vallaud-Belkacem a présenté trois grandes actions pour développer la coéducation, parmi lesquelles « la place des parents d’élèves dans les projets éducatifs territoriaux »
Dans le cadre des nouveaux rythmes éducatifs, les parents délégués sont associés à l’élaboration et au suivi des projets éducatifs territoriaux. Plusieurs rapports récents ont mis en évidence la nécessité de renforcer ce dialogue avec les familles concernant l’articulation des temps scolaires et périscolaires.
Pour améliorer cette participation, des outils spécifiques seront créés avec les représentants de parents et en lien avec les associations d’élus locaux. Ils seront diffusés sur le site http://pedt.education.gouv.fr/


Au regard de cette ambition affichée lors de la mise en place de la réforme en 2013, et de l’ouverture du choix octroyé aux communes quant à l’organisation de la semaine scolaire par le décret Blanquer de juin 2017, j’ai repris de nombreux passages de l’article de Paul Gerbod(1)  qui nous permettront de prendre la mesure de l’incapacité de notre pays de faire évoluer l’école en vue de respecter davantage les besoins des enfants. 


C’est absolument dépitant ! 


« Dès le XVIe siècle, on a vu poindre, avec la pédagogie jésuite, une idée qui fera son chemin par la suite : le temps, même dans sa dimension calquée sur le rythme de la prière canoniale ou monastique, doit être modelé dans une certaine mesure sur le plan éducatif et, de ce point de vue, les innovations introduites dans les collèges de la Compagnie sont signes de modernité, comme le note un père jésuite en 1567 :
           « L’expérience démontre que trois heures consécutives d’enseignement le matin et trois heures également l’après-midi dans les écoles de la Compagnie mettent en danger la santé des nôtres et ne valent rien non plus pour celle des élèves. Aussi est-il ordonné que dans nos écoles il ne sera pas plus enseigné que deux heures et demie le matin et deux heures et demie du soir ».(2)


Dans les années 1690 on voit déjà poindre l’idée d’une « obligation scolaire » : la déclaration royale,du 13 décembre 1698 vise à étendre la fréquentation scolaire jusqu’à 14 ans dans l’ensemble du royaume.(3) Dans les collèges dirigés par la Société de Jésus, les journées de travail tiennent compte dans une certaine mesure de références physiologiques et surtout pédagogiques (4) ; Ainsi deux récréations d’une heure chacune s’insèrent dans les emplois du temps quotidiens après les deux repas ; de plus, les internes sont conviés à participer à des jeux collectifs, à des répétitions et à des représentations théâtrales ; s’ouvrent également pour eux des maisons de campagne, proches du collège où ils peuvent se détendre ; dans la semaine, le travail s’interrompt une journée, le jeudi ou un autre jour. L’idée essentielle est de rendre le travail intellectuel moins pesant, moins monotone grâce à des temps de repos, de détente et de délassement.
Au collège Louis-le-Grand, en 1770, où de nouveaux éducateurs viennent de succéder aux jésuites, la journée de classe comprend deux heures de récréation, quatre heures et demie d’étude, quatre heures et demie de cours réparties entre matinée et après-midi (les leçons qui, entre 1626 et 1725, duraient trois heures ont été ramenées à une durée de deux heures et quart), et une heure de conférence ; elle est en outre interrompue  par quatre repas ou collations ; les internes se lèvent à cinq heures et demie et se couchent à neuf heures du soir. (5)  

Dans le premier tiers du XIXe siècle, la journée de classe dans l’instruction primaire est en général subordonnée à des habitudes et coutumes locales, comme par le passé, et tout dépend des clauses du contrat conclu entre la municipalité et l’écolâtre.
                  Les différences territoriales existent déjà


Ainsi, dans les années 1830, dans l’arrondissement de Vouziers, selon Paul Lorain, la classe pendant  l’hiver dure de six heures du matin jusqu’à sept heures du soir, avec une interruption de deux heures, de onze heures à une heure. Dans l’arrondissement de Pau, l’inspecteur, au cours de la même enquête, s’indigne de l’anarchie des horaires car, écrit-il, « un grand nombre d’instituteurs sont dans l’usage de fréquenter les foires et les marchés du voisinage et leurs classes ne se tiennent pas régulièrement et à des heures fixes ».


Les critiques que soulève une absence de réglementation nationale et le souci d’éviter les abus et les gaspillages du temps scolaire sont à l’origine d’un début de mise en place d’une réglementation valable pour toutes les écoles primaires publiques d’un arrondissement. 
Dans le cadre de la loi Guizot de 1833, les comités d’arrondissement chargés de la surveillance des écoles publiques sont invités à établir un règlement précisant la durée des classes, les heures d’entrée et de sortie pour toutes les saisons de l’année. Ces comités doivent même fixer « l’ordre des travaux de chaque séance, les jours de congés et le temps des vacances ». Il est, de plus, nécessaire que les comités locaux usent de toute leur influence pour que les enfants restent à l’école pendant la « belle saison ». 


En 1834, le conseil royal de l’Instruction publique fixe pour l’ensemble des écoles publiques une journée de classe de six heures avec une coupure de mi-journée de deux heures, soit une durée hebdomadaire de trente heures, avec une journée de repos, le jeudi.
On voit poindre ainsi dans la deuxième moitié du XIXe siècle une attention plus grande à des structures d’horaires qui tiennent compte des enfants eux-mêmes, de leur santé, de leur faculté d’attention.


En 1858, l’inspecteur général des études Louis de Lens considère que l’emploi du temps quotidien doit déterminer des alternances de repos et d’étude, ainsi que des mouvements de la journée, la part qui est faite à chacun des objets d’enseignement, l’ordre dans lequel ils se succèdent. (6) 
Quelques années plus tard, en 1861, Alexandre Pinet reprend une argumentation comparable.(7) De plus, une circulaire de 1866, sous le ministère Duruy, introduit la réalité de récréations interclasse de l’ordre de dix minutes, le matin et l’après midi.
Avec l’application des lois Ferry de 1882 et 1886, rendant l’instruction gratuite, laïque et obligatoire, une réglementation nationale est mise en place. 
Le règlement de 1887 fixe la durée des classes à trois heures le matin et à trois heures l’après-midi, avec un horaire hebdomadaire de trente heures et une interruption totale du jeudi pour l’instruction religieuse. 
De plus, ce règlement prévoit l’insertion d’une récréation toutes les heures pour les élèves du cours élémentaire et du cours moyen, et pour les élèves du cours supérieur une récréation d’un quart d’heure le matin et l’après midi. 
Une répartition des disciplines est même prévue pour l’ensemble de la journée de classe. 
Désormais, toutes les écoles primaires sont invitées à se conformer à ces dispositions qui s’imposent̀  à l’ensemble des départements français. »

En 2018, avec le retour à la semaine de 4 jours réclamé sans beaucoup de réflexions tant par des parents que des enseignants, peut-on affirmer qu’on a évolué depuis le 16ème siècle en ce qui concerne l'organisation du temps scolaire ??? Il me semble que non, et les enfants les plus fragiles vont forcément en souffrir, au profit de ceux qui, étant donné leur milieu de vie, pourraient tout aussi bien n’aller à l’école que 3 jours par semaine sans que cela n’ait d’effet délétère sur leur développement. 

Une société qui laisse consciemment sur le côté de la route une partie de ses enfants peut-elle être considérée comme évoluée ?

1. Gerbod Paul. Les rythmes scolaires en France : permanences, résistances et inflexions. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1999, tome 157, livraison 2. pp. 447-477.

2. Cité par Paul Porteau, Montaigne et la vie pédagogique de son temps, Paris, 1935, p. 49.

3. Statuts de l’université de Paris présentés à Henri IV par les commissaires royaux et enregistrés au Parlement, dans Charles Jourdain, Histoire de l’Université de Paris au XVIIe et au XVIIIe siècle, Paris, 1862-1866, p. j. n° 1, p 1-17 (seule éd. complète).

4. La Ratio studiorum .-plan raisonné et institution des études dans la Compagnie de Jésus, éd. et trad, par Adrien Dumoustier, D. Julia et al., Paris, 1997 (Histoire de l’éducation). Voir F. de Dainville, Les jésuites et l’éducation..., p. 78-155, et, dans la présente livraison, la comparaison établie par Max Engammare entre l’organisation temporelle des études jésuites et la discipline de l’heure protestante.

5. Gustave Dupont-Ferrier, La vie quotidienne d’un collège parisien pendant plus de trois siècles, du collège de Clermont au lycée Louis-le-Grand, Paris, 1921-1925, 3 vol., au t. I, p. 115-117, 195-197.

6. Louis de Lens (ou Delens), Guide des instituteurs de Maine-et-Loire, ou souvenir des conférences qui leur ont été faites en septembre 1857, Angers, 1858.

7. Alexandre Pinet, De l’organisation pédagogique des écoles d’après M. Villemereux, Paris, 1861.