À Monsieur le Ministre "rythmé" ? !

À monsieur le ministre « rythmé » ?!

 

J’ai toujours aimé écrire, et quand la coupe est pleine, j’ai besoin d’écrire.

Comme Monsieur le ministre a préféré n’être confronté qu’aux questions des chroniqueurs lors de l’émission les Maternelles, plutôt que d’avoir à me répondre en direct, je me dois quand même d’apporter des compléments d’informations qu’il ne semble pas connaître, pas plus d’ailleurs que ses conseillers.

Il ne cesse de répéter qu’on ne peut faire rester attentifs des enfants plus de 3h30 par demi-journées, sur quelles évaluations ? Je ne le sais, alors même qu’en Alsace et en Moselle, les enfants connaissent des matinées de 4 heures depuis des générations ! Mais est-il déjà allé dans ces territoires ?

Et comme je m’appuie souvent sur une organisation qui en est à sa 18ème année, j’ai décidé de donner la parole aux acteurs directement concernés.

Malheureusement je ne peux le faire pour les enfants, car leur satisfaction apparaît dans une cassette vidéo qui avait été tournée dans l’école, et sur laquelle on entend ces enfants dire que ça ne les dérange pas du tout de travailler 4 heures le matin parce qu’ils savent très bien que l’après-midi ils vont passer à autre chose. Et ils préfèrent de loin cela, car ils font l’après-midi beaucoup de choses qu’ils n’auraient autrement jamais eu l’occasion de faire !

Pour la suite, je donne la parole aux parents, aux enseignants, aux animateurs.

Vous aurez aussi une rencontre avec journalistes.

Et à la fin de cette présentation concernant l’école lilloise, vous aurez la surprise de la présentation d’un autre groupe scolaire, qui avait fait le même choix que nous, et qui a aussi bénéficié d’une évaluation.

Bonne lecture, et une fois de plus, comment faire pour que le ministre si préoccupé du bien-être et de la réussite des enfants, si préoccupé de l’école et d’ailleurs uniquement d’elle, lise ces documents particulièrement parlants ?

 

Les parents d'éléves

École Philippe de Comines

Rue Victor Duruy

59 000 Lille

À

Martine AUBRY

Maire de Lille

Place Augustin Laurent

59000 Lille

 

Lille le 14 novembre 2013 

Objet : Demande de maintien du dispositif ARVEJ (Aménagement des rythmes de la vie de l'enfant et du jeune) du groupe scolaire Victor Duruy

Madame le Maire,

Vos collaborateurs nous ont annoncé, lors du Comité de pilotage ARVEJ du 5 novembre 2013, que l'organisation scolaire particulière dont bénéficie l'école maternelle Philippe de Comines de Lille depuis 1996 est remise en cause à la rentrée 2013-2014.

En qualité de parents d'élèves, nous sommes convaincus des bienfaits de ce dispositif pour nos enfants et notre quartier. Vous trouverez ci-joint une lettre ouverte détaillant notre point de vue signée des parents d'élèves, ainsi que des témoignages individuels de parents.

Bien que nous soyons conscients des contraintes budgétaires liées à la poursuite d'une telle expérience, nous ne pouvons comprendre qu'un projet, dont tout le monde s'accorde à dire qu'il est exemplaire, soit stoppé pour cette seule raison.

Vous avez largement contribué à la réussite de ce projet atypique, et pouvez être fière d'avoir cet exemple "d'école idéale" dans un quartier populaire de Lille. Ainsi, nous espérons vivement que vous ferez une demande de renouvellement du droit à l'expérimentation au titre de l'article L 401-1 du code de l'éducation qui permet encore un fonctionnement exceptionnel dans certaines écoles. Les Villes de Lomme et Angers l'ont par exemple obtenu en 2013.

 Cette demande devant être formulée au plus tard début décembre, nous sollicitons une audition avec vous très prochainement afin d'échanger sur l'avenir de nos enfants dans cette école et leur épanouissement dans le quartier de Moulins.

Nous vous prions d'agréer, Madame le Maire, nos sincères salutations.

Les représentants de parents d’élèves

Pièces jointes :

Lettre ouverte signée des parents

Témoignages individuels des parents

Liste et coordonnées des représentants des parents d’élèves

 

Copie

Madame Luciani Inspectrice Départementale de l'Education Nationale

Monsieur Vion, Directeur général adjoint chargé des affaires sociales et de l'éducation à la Ville de Lille, Madame Magne Florence Directrice générale adjointe Déléguée à l'éducation

Monsieur Christian Wassenberg, Directeur académique des services de l’Éducation Nationale

Monsieur Malle, délégué au Ministre de l'Education Nationale

                                             

Madame le Maire,

 

            L'école maternelle Philippe de Comines jouit d'une réputation exceptionnelle auprès des parents d'élèves dans la métropole lilloise. C'est d'ailleurs ce qui pousse des parents n'habitant pas le quartier de Moulins à y scolariser leurs enfants. C'est aussi ce qui permet dans ce quartier plutôt défavorisé de créer une mixité sociale enrichissante pour tous. Ces échos positifs font état d'un grand nombre d'activités culturelles et éducatives proposées aux enfants, d'un véritable projet d'école qui anime des enseignants particulièrement dynamiques et d'une organisation scolaire adaptée aux rythmes des enfants.

Nous pouvons témoigner que nos enfants gagnent en effet beaucoup à fréquenter cette école et à bénéficier du projet A.R.V.E.J.

Ils découvrent grâce aux animateurs de l'A.R.V.E.J. la circomotricité, les sports de glisse, les danses folkloriques, l'informatique, le Land Art, le langage des signes, les expérimentations scientifiques, les ateliers de cuisine, le théâtre d'ombres ainsi que les plaisirs de la lecture et de la musique. Ils sortent aussi de leur univers citadin et apprennent à observer la faune et la flore à la forêt de Phalempin. Nos enfants fréquentent les espaces culturels, associatifs et de loisirs du quartier tels que la Maison Folie de Moulins, Filofil ou encore le Cirque du Bout du Monde. A cette ouverture culturelle, que beaucoup de parents ne peuvent prendre en charge, s'ajoute l'aspect humain : les animateurs de l'A.R.V.E.J. sont des professionnels inventifs qui ont de grandes qualités relationnelles avec les enfants. Nos enfants développent à leur contact un esprit citoyen et de rencontre, un appétit pour les découvertes et une capacité d'adaptation, habitués qu'ils sont à changer d'interlocuteur deux après-midi par semaine, ainsi qu'une confiance réelle dans les adultes, tous bienveillants envers eux. Tout ceci concourt à ce que nos enfants aiment aller à l'école et s'y sentent bien car c'est un lieu où il fait bon vivre.

Les parents que nous sommes se sentent aussi accueillis et écoutés dans cette école puisque le matin un temps de dialogue est permis avec les enseignants. La salle de classe est un lieu d'échange et de convivialité où nous pouvons participer à certaines activités scolaires de nos enfants : reconnaître son prénom, lire des histoires... Cette proximité permet à certains parents méfiants à l'égard de l'école et des institutions républicaines de se les réapproprier. D'autre part, nous sommes sollicités régulièrement pour participer aux activités de l'après-midi ainsi qu'aux journées portes ouvertes organisées par les animateurs de l'A.R.V.E.J. le samedi matin. On découvre alors les pratiques de nos enfant lors des ateliers.

L'organisation scolaire en cinq longues matinées de quatre heures est selon nous un point fort dans cette école car nous savons que nos enfants sont bien plus attentifs et disponibles pour les apprentissages fondamentaux à ce moment-là. De plus, des pauses sont aménagées avec une collation et une récréation qui « coupent » la matinée et  les enseignants alternent les différents apprentissages comme le Français, les Mathématiques, le Sport ou les Arts Plastiques en créant du lien entre elles. Il nous semble que c'est aussi cela qui évite la lassitude chez nos enfants. Nos enfants sont d'ailleurs d'autant plus concentrés le matin qu'ils savent que leur après-midi sera allégée ou plus ludique. Les deux heures d'ateliers sont assez longues pour qu'ils puissent profiter pleinement des activités de découverte. Nous constatons par ailleurs unanimement que nos enfants ne sont pas fatigués par leur journée d'école qui est adaptée à leur rythme.

Enfin ce projet d'école crée un lien fort entre les enseignants qui ont la conviction qu'il est bénéfique aux enfants, il les soude et les motive pour organiser toujours plus de sorties et de projets éducatifs : exposition des œuvres des enfants à la Maison Folie, sorties régulières à la Bibliothèque, au Cinéma et dans les différentes expositions lilloises, Classes vertes, sorties à la découverte du Moyen-âge etc... Par ailleurs, leur souci est constant de relier les ateliers de    l'A.R.V.E.J. aux apprentissages de l'école maternelle et de privilégier la qualité et la concertation.

Or tout cela est remis en cause à la rentrée prochaine puisque nous devrons revenir à un rythme de  3 heures de classe le matin et 3 heures l'après-midi, que les élèves ne bénéficieront plus que d'une heure trente d'activités au lieu de deux après-midi aujourd'hui, ce qui ne permettra pas d'organiser des sorties en dehors de l'école et appauvrira les projets éducatifs et culturels. Certes il s'agira de cinq matinées de classe mais trop raccourcies pour permettre un véritable bénéfice. 

Nous nous interrogeons sur l'intérêt d'un tel retour en arrière alors que cette école est citée en exemple par des experts scientifiques, que les enseignants notent chez nos enfants plus d'attention, d'autonomie et de curiosité qu'auparavant. En plein débat sur la modification des rythmes scolaires, nous voulons que notre expérience serve la cause de l'école de quatre jours et demi, étant certains qu'elle favorise la réussite des élèves, leur épanouissement et leur insertion dans le groupe. Pourquoi alors priver des enfants pour certains défavorisés d'une telle ouverture culturelle et de compétences supplémentaires ? Pourquoi risquer de démotiver une équipe enseignante exemplaire ? Pourquoi défaire ces liens entre l'école et le quartier ? Pourquoi risquer que les familles les plus aisées se détournent de l'école (beaucoup de parents l'ont déjà évoqué) ?

Enfin, dans une ville qui se veut le être le fer de lance national de l'accès à la culture pour tous et de la mixité sociale réussie dans les quartiers, on ne peut renoncer au projet A.R.V.E.J.

Pour conclure nous déplorons fortement le retrait du projet A.R.V.E.J. car pour nous c'est l'école « idéale » dans laquelle nos enfants s'épanouissent pleinement qui risque de disparaître.

Les parents d'élèves de l'école maternelle Philippe de Comines de Lille.

 

Reportage de la Voix du Nord

Lille : l’école Duruy refuse de se dissoudre dans la réforme Peillon - Lille Moulins - La Voix du Nord 18/05/2014 15:29

http://www.lavoixdunord.fr/region/lille-l-ecole-duruy-refuse-de-se-dissoudre-dans-la-ia19b57396n1832529

PUBLIÉ LE 08/01/2014 - MIS À JOUR LE 08/01/2014 À 21:05

Lille : l’école Duruy refuse de se dissoudre dans la réforme Peillon

Sébastien Bergès

À la rentrée 2014, toutes les écoles de Lille adopteront la semaine de 4,5 jours. Toutes… sauf Victor-Duruy, à Moulins. Ici, on a fait la réforme Peillon il y a plus de quinze ans. Et aujourd’hui, on s’inquiète. L’établissement, « une vitrine » selon la mairie, craint de perdre sa semaine de cours sur mesure avec l’avènement des nouveaux rythmes.

Ballet de poussettes, valse de vélos, ronde de voitures. Pères, mères, frères, soeurs et petits camarades convergent vers la sortie des classes. Scène banale, à 12 h 15, devant une école… sauf qu’on est mercredi, jour traditionnel de relâche pour les écoliers. C’est qu’à Victor-Duruy, réunion de la maternelle Philippe-de-Comines et de l’élémentaire Victor-Duruy, on n’a pas attendu Vincent Peillon pour repenser les rythmes. Ni pour inventer sa propre semaine, unique en son genre : cours tous les matins, du lundi au vendredi, avec deux après-midi entiers libérés pour le périscolaire, et encadrés par des animateurs municipaux de l’ARVEJ. Du sur mesure.

Et du sur-mesure qui marche. « Je souhaite à tous mes collègues de bénéficier d’un tel système, c’est le plus pertinent pour travailler sur le long terme avec des animateurs, et pour les enfants, cela apporte une bouffée d’oxygène deux après-midi par semaine », témoigne Véronique Couvreur, enseignante de CP et représentante du personnel du SGEN-CFDT. Durant le débat sur la réforme des rythmes scolaires, Martine Aubry elle-même ne se privait pas de citer l’expérience de Victor-Duruy. « On connaît l’impact de ce projet, qui a perduré au fil des ministres successifs, renchérit Maurice Thoré, l’adjoint au maire chargé des écoles. Dans un secteur de la ville où il y a des difficultés, ce dispositif donne des résultats, tant pour les enfants que pour les parents et les enseignants. C’est une vitrine. »

Une vitrine en péril

Mais une vitrine en péril. Duruy craint de devoir rentrer dans le rang. De voir détricoter un projet éducatif bâti pierre par pierre, année après année.

Coupable ? La réforme Peillon, qui en instituant une semaine de neuf demi-journées de classe, condamne le modèle de l’école (sept demi-journées). « Quand on a une telle qualité, pourquoi changer ? », résume Fanny, hier, en juchant Maëlou sur son vélo. « S’il faut uniformiser les écoles lilloises, il vaudrait mieux calquer toutes les autres sur Duruy ! », propose Xavier, dont la fille Rose est en petite section.

Un avis largement partagé dans le groupe scolaire. Depuis des mois, la communauté éducative sonne le tocsin. Une pétition a tourné, des lettres ouvertes ont été adressées au maire et à l’inspection académique, des enseignants se sont joints à la grève contre les nouveaux rythmes, il y a quelques jours…

Comme Xavier ou Fanny, Julien a choisi expressément Duruy pour sa fille Pauline. « On a connu l’école par le bouche à oreille, et on est venu pour le projet pédagogique », explique l’ancien Wazemmois. Fanny enfonce le clou : « Ce ne sont pas des intervenants qui sortent des jeux de société ! » Pour Julien, « sans l’ARVEJ, la mixité sociale n’existera plus dans ces classes, qui mélangent aujourd’hui des gens du quartier et de l’extérieur ».

Sur les panneaux d’affichage de l’école sont accrochés deux courriers du maire. L’un adressé aux parents, l’autre au directeur académique des services, Christian Wassenberg. Dans les deux missives, Martine Aubry assure Victor-Duruy de son soutien. Et demande à l’Éducation nationale d’accorder une dérogation à ce dispositif « qui a fait ses preuves ». La balle est maintenant dans le camp de l’inspection académique. « On a bon espoir que ça puisse continuer », confie Maurice Thoré. L’an dernier, la ville espérait aussi déroger aux neuf demi-journées de cours de la réforme Peillon. Cela n’avait pas suffi.

La direction académique n’a pas répondu à nos sollicitations.

« C’est aberrant de casser un fonctionnement pareil »

Claire Leconte, prof de psychologie de l’éducation à Lille III, experte des rythmes de l’enfant, a contribué dès l’origine à l’expérience Victor-Duruy.

Comment est née l’expérience Duruy ?

« Jacques Chirac, à la présidentielle de 1995, avait promis de réformer les rythmes scolaires. Après l’élection, une circulaire ministérielle d’octobre 1995 a proposé d’instaurer des semaines d’au moins cinq jours. À Lille, les écoles Duruy et Philippe-de-Comines se sont portées volontaires pour être pilotes. On a donc travaillé, avec Ariane Capon (adjointe au maire chargée des écoles sous Mauroy), les enseignants et l’association Les Francas, à une semaine de six jours, du lundi au samedi. Le principe était d’avoir de longues matinées, propices aux apprentissages, et de libérer trois après-midi, pris en charge par les Francas. On a beaucoup réfléchi pour ne pas faire ce qui se fait aujourd’hui, des activités occupationnelles, mais pour créer des parcours éducatifs, qui ouvrent les enfants. Et ça a duré jusqu’en 2008 et la réforme Darcos, qui a obligé à supprimer le samedi matin. » 

Qu’a apporté cette organisation ?

« Pendant trois ans, de 96 à 98, j’ai mené une évaluation de nombreuses écoles-pilotes. À Victor-Duruy, il y a eu un effet immédiat sur les comportements : l’absentéisme s’est résorbé, avec un fort taux de présence aux activités de l’après-midi ; le climat de l’école s’est amélioré, le plaisir d’apprendre entraînant moins d’agressivité ; le climat dans le quartier s’est apaisé, puisqu’on a fait découvrir aux enfants, par des sorties et des activités, qu’ils faisaient partie de ce territoire. À plus long terme, les matinées allongées ont eu un rôle positif sur les apprentissages. Qui dit plus de temps dit aussi moins de pression, les enfants pouvaient aller jusqu’au bout de leurs tâches, s’approprier mieux l’école. »

Le modèle Duruy est-il soluble dans la réforme Peillon ?

« Pas du tout. C’est une aberration. Les neuf demi-journées imposées sanctionnent les projets innovants. C’est inimaginable de casser un fonctionnement pareil dans ce quartier, un fonctionnement qui a perduré avec tous les gouvernements successifs, alors que les anciens parents vous expliquent combien leurs enfants ont bénéficié de ce dispositif. Les neuf demi-journées sont un copié-collé du décret Darcos de 2008. Où est la refondation de l’école là-dedans ? C’est du gâchis. »

 L'ARVEJ et les espaces -

Questions relatives à l’occupation des espaces  pour les parcours non scolaires

Ça se gère en direct, de toutes façons, hélas, nous sommes cruellement en manque de locaux dans cette école...Il nous faut parfois recentrer par dialogue entre adultes en cas de débordement mais cela  est presque inexistant.. On a également travaillé sur ces points ...par respect aussi de l'espace de vie partagé et on y associe les enfants qui sont eux  aussi responsables et engagés dans la gestion matérielle des lieux de vie et de travail et puis les deux directrices que sont Céline (coordinatrice des animateurs) et moi (directrice de la maternelle) sont exigeantes (certains diraient chiantes,hi,hi..) sur le rangement et le matériel ...et oui la réussite se gagne aussi par l'exigence !

La directrice de maternelle

Peu ou pas de soucis avec l'ARVEJ, parfois  très rarement sur le temps de cantine mais on le gère des que cela se rencontre...

Pour l'utilisation des espaces scolaires il n'y a rien de défini , c'est un accord entre l'enseignant et l'animateur, c'est ensemble qu’est défini où peut être entreposé le matériel, ce qui peut être mis en commun. C'est une relation adulte entre adultes responsables, rien n’est écrit à ma connaissance ! Et cela fonctionne dès lors qu’il y a un respect mutuel
 
Céline

Argumentaire des collègues de maternelle en « expérimentation » depuis 18 ans

Avec le recul de dix-sept années d’expérimentation d’un nouveau rythme scolaire, il est évident que les quatre heures matinales sont à la fois très aisément assimilables par les enfants, mais également très profitables pour les apprentissages scolaires.

En effet, avec la coupure à 10h00 pour prendre une collation, les enfants peuvent tenir sans difficulté jusqu’à 12h30 pour prendre leur repas. De plus, ils sont très concentrés le matin pour les apprentissages, d’autant plus qu’ils savent que les après-midi sont moins chargés 

quand il y a l’école, et ludiques avec les activités. Ainsi, il est aisé de les solliciter et de leur demander une concentration soutenue durant la matinée, à tel point que les résultats scolaires des enfants, même dans un quartier dit « en difficulté », sont très prometteurs.

Avec l’alternance des différents moments dans la matinée, il n’y a pas de phénomène de lassitude. De plus, grâce aux activités menées deux après-midi par semaine, les enfants sont habitués non seulement à côtoyer des personnes différentes, mais également des lieux divers. Ainsi, à chacune de nos sorties, que ce soit dans des musées, des spectacles ou des lieux de patrimoine, l’attitude des enfants est systématiquement remarquée : calmes, attentifs, intéressés, ils ne sont pas consommateurs mais bien acteurs de chacune des sorties.

Il est à noter que dans les classes des petits et des moyens, les heures de siestes nécessaires s’étalent beaucoup moins sur les heures d’école, et les enfants ont donc plus de temps de classe et de moments de sollicitation des différents adultes qui s’occupent d’eux.

La conclusion me paraît évidente : toute modification de ce rythme particulièrement bien adapté aux enfants et aux apprentissages sera perçu, par les enfants, les parents et les enseignants, comme une régression pédagogique.

Et ailleurs ?

À chaque fois qu’on interroge Monsieur le ministre sur le fait que je ne suis pas en accord avec ce qui se fait actuellement, la seule réponse que j’ai entendue de lui est : « il y a des divergences entre les chronobiologistes » ! Je me suis expliquée à ce propos dans la tribune parue le 26 mai sur Médiapart.

Alors donc suis-je vraiment la seule à dire qu’une organisation telle que celle que je défends répond parfaitement aux besoins des enfants ?

Et bien non figurez-vous, mais comme notre société se marque par un oubli systématique de ce qui s’est fait précédemment, j’ai parfois l’impression que même les experts actuels du ministre, qu’on me compare quand on dit qu’il y a divergence, ont aussi oublié ce qu’ils ont eux-même écrit !

Voici donc tiré d’une monographie, une évaluation d’un groupe scolaire de Bourges, réalisée par ….. Monsieur François Testu et son équipe !

L’aménagement du temps des enfants

Académie : Orléans-Tours

Département : Cher

École : maternelles et primaires  - Bourges

Rédacteur(s) : René Clarisse, Baptiste Janvier, François Testu

Cette semaine est organisée sur la base de 24 heures d’enseignement et de 4 heures d’activités périscolaires. Elle est conçue comme un aménagement global, avec une articulation entre le temps scolaire et périscolaire. Il ne s’agit pas de découper le temps de l’enfant en différents moments mis côte à côte, mais bien d’enrichir le temps de l’enfant d’apports complémentaires et cohérents. Le mercredi après-midi et la journée du samedi restent du temps à la disposition de l’enfant. Les dispositifs d’accompagnement scolaire trouvent leur place après 16 heures.

Le choix des après-midi d’enseignement et d’activités varient selon les groupes scolaires (soit le lundi et le jeudi, soit le mardi et le vendredi), mais doivent être présents tous les deux et satisfaire à une alternance. Par ailleurs, ils restent fixes pour toute une année scolaire.

L’organisation de la semaine est la même qu’à Lille, 5 matinées de 4 heures, deux après-midi de deux heures d’enseignement et deux après-midi de deux heures de parcours d’activités.

EFFETS DE L’ACTION

Bilans d’étape

L’évaluation a été continue sur les trois années d’application du dispositif (1996 à 1998). Lors des différents bilans d’étape réalisés avec les enseignants, les intervenants et les parents, il a été souligné la très forte participation des enfants à l’école primaire (98 % de l’effectif), alors que ces activités ne sont pas obligatoires. Une impression de satisfaction générale se dégage à l’issue de ces trois années, notamment en terme d’acquisitions nouvelles chez les enfants (amélioration de langage et du vocabulaire).

EVALUATION EXTERNE

II est constaté que la rythmicité journalière classique, témoin d’une bonne adéquation entre l’aménagement du temps scolaire et les rythmes de l’enfant, se met plus rapidement en place chez les élèves du site expérimental. Elle est nettement présente au C.M.1 et au C.M.2. Il est mentionné, dans un site comme dans l’autre, qu’aucun profil inversé, caractéristique d’un mauvais choix d’aménagement, n’est présent.

Après un an de mise en place de l’aménagement expérimental de la Chancellerie, la rythmicité comportementale journalière des élèves témoigne d’une bonne adaptation à l’emploi du temps proposé, rythmicité qui se met progressivement en place entre la grande section de maternelle et le cours moyen seconde année. Pour les enfants de 10 – 11 ans de la Chancellerie, non seulement le niveau 

d’écoute est supérieur à celui du site témoin, mais, en plus, le profil « classique », témoin d’une adéquation entre l’aménagement du temps et les rythmes de vie de l’enfant est présent. Le même constat ne peut pas être effectué pour les élèves du même âge du site témoin. Là encore, avec un nouvel indicateur, les conséquences positives de l’aménagement choisi pour la Z.E.P. de la Chancellerie sont perçues.

L’aménagement mis en place à la Chancellerie est adapté aux rythmes de vie des enfants et favorise leur développement psychologique et physique.

Il n’existe pas, ou peu, de phénomène de désynchronisation rythmique, suite au congé de fin de semaine, comme cela est encore trop souvent observé chez des élèves de Z.E.P. d’autres villes.

L’aménagement mis en place à la Chancellerie favorise les apprentissages.

Dans les classes de la Chancellerie, les enfants de maternelle et du premier cycle du premier cycle du primaire présentent des comportements plus stables que ceux du Val d’Auron, après un an seulement d’application de l’emploi du temps expérimental. On constate alors, malgré les âges différents des grandes sections de maternelle, du C.E.1 et du C.M.2, une très grande constance de l’indice comportemental. Il semblerait donc que l’aménagement du type "chancellerie " ait un effet régulateur sur les comportements scolaire, sur les attitudes d’écoute et d’attention soutenue, effet qui se traduirait par une plus grande efficacité dans les apprentissages.

L’aménagement mis en place favorise l’intégration.

Il est constaté qu’après une première année d’expérimentation où les taux d’écoute audiovisuelle étaient plus élevés chez les enfants de la Chancellerie, quel que soit leur âge, la deuxième année, les activités autres que la télévision, prennent de plus en plus de place, ce qui conduit à une meilleure intégration.

Il apparaît que le type d’aménagement du temps choisi par les écoles du quartier de la Chancellerie favorise l’épanouissement physique et psychique des enfants de 3 à 11 ans. Cet effet bénéfique pourrait être renforcé en modulant, en fonction de l’âge, l’heure de rentrée en classe le matin, ce qui est prévu pour l’année scolaire 1999-2000.

Monsieur le ministre, comment allez-vous pouvoir continuer à argumenter contre moi que les « chronobiologistes ne sont pas tous d’accord entre eux » ???