L'éducation nationale, vraiment au service de chaque enfant ?

L’Éducation nationale, au service de tous les enfants ? 

Un peu d’histoire ! 
En 2008 le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos permet la suppression de la classe du samedi et la généralisation de la semaine de quatre jours dans l’enseignement primaire mais impose également la suppression de deux heures de classe obligatoires pour tous les enfants.
Son successeur Luc Châtel, dans le même gouvernement Sarkozy, lance une grande consultation sur les « rythmes scolaires ». 
Il installe un comité de pilotage pour la Conférence nationale sur les rythmes scolaires le 7 juin 2010. Cette conférence doit aborder la question de l’équilibre entre le temps de l’école, le temps de repos, les vacances, les activités sportives et culturelles. Elle dispose d’un large temps réservé à la réflexion, à la consultation et au débat. Son objectif est d’améliorer les conditions de vie et d’apprentissage des élèves dans le premier et le second degrés.
Voici ce qu’on lit alors sur le site du Ministère : 
« La consultation nationale sur les rythmes scolaires débute à travers une plate-forme de consultation publique en ligne, des auditions par le comité de pilotage et des débats dans les académies. Le site dédié www.rythmes-scolaires.fr propose aux internautes de s'informer sur la consultation, comprendre les rythmes scolaires, suivre les rencontres organisées et participer au débat en ligne.

La nécessaire modification des rythmes scolaires
Constat

Le système scolaire français compte l’un des plus grand nombres d’heures de cours en Europe. Mais ces heures sont réparties sur un nombre de jours de classe parmi les plus bas.
Les journées de cours sont trop longues pour les élèves. Ce rythme génère fatigue et stress. Il a des conséquences sur les résultats des élèves et sur le climat des établissements scolaires.

Remettre à plat la question des rythmes scolaires
La mission de l’École est de proposer à tous les élèves les meilleures conditions de vie scolaire, les plus favorables à leur apprentissage et à leur réussite. Une conférence ouverte à tous les acteurs et à toutes les propositions est donc nécessaire pour remettre à plat la question des rythmes scolaires.
Cette question y est abordée dans toutes ses dimensions : la durée et l’organisation des journées de cours, des semaines et l’ensemble du calendrier de l’année.

Améliorer les conditions de vie et d'apprentissage des élèves
Reconsidérer les rythmes, réaménager la journée et la semaine de cours ne signifie pas moins apprendre, mais mieux apprendre. Des journées trop chargées sont néfastes à l’apprentissage.
L’objectif de cette conférence est d’améliorer les conditions de vie et d’apprentissage des élèves. Une répartition des heures mieux adaptée aux rythmes des enfants et des adolescents, des heures de cours mieux réparties sur la semaine, une année plus équilibrée contribueront à un meilleur apprentissage et à une mémorisation plus efficace.
http://www.education.gouv.fr/cid51928/la-reflexion-sur-les-rythmes-scolaires.html#La%20nécessaire%20modification%20des%20rythmes%20scolaires

Ayant renoncé à mettre en place les changements prévus à cause des élections présidentielles de mai 2012, ce que j’ai regretté,   c’est son successeur au Ministère qui s’en chargera.

Mais le 18 mai 2010, Jean-Michel Blanquer, alors Directeur de l’enseignement scolaire, a été auditionné sur le sujet. On ne peut qu’être étonné par la situation en 2018 quand on lit dans le rapport d’information déposé le 8 décembre 2010 par la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale  ce qui a été consigné de cette audition : 

« Lors de son audition par la mission, le Directeur général de l’enseignement primaire scolaire au ministère de l’Education nationale, monsieur Jean-Michel Blanquer, a insisté sur le fait que la semaine de quatre jours n’avait pas été  « imposée » par la réforme de l’enseignement primaire de 2008, les conseils d’école étant en effet libres de répartir l’enseignement sur 8 ou 9 demi-journées. Selon le DGESCO, le ministre de l’Education nationale de l’époque avait d’ailleurs une  « préférence implicite », contrairement à ce que les textes pouvaient laisser croire, pour la semaine de 9 demi-journées, celle-ci présentant de réels avantages. En particulier la  « continuité de la semaine », résultant de ce mode d’organisation, est  « bonne pour l’enfant », ce dernier ayant besoin de régularité ; elle tend de plus à banaliser la scolarisation du mercredi, tout en permettant aux écoliers de bénéficier d’une vraie pause durant le week-end ». (IA1).
Cependant, malgré le choix qui a été ainsi laissé aux écoles, la semaine de quatre jours est devenue la norme en matière d’organisation du temps scolaire. Selon une estimation du ministère de l’éducation nationale, sur 49 498 écoles, un peu plus de 95 % fonctionnaient ainsi pour l’année scolaire 2009-2010. »
Notons quand même que quoi qu’en ait dit Jean-Michel Blanquer, le choix d’une semaine de 9 demi-journées n’était absolument pas la norme, c’était dérogatoire et il y avait obligation d’en prouver le bien-fondé sur le plan pédagogique mais aussi nécessité que les mairies investissent des financements pour l’accompagnement des enfants sur les temps ainsi libérés, ceci sans aucune aide de l’état.

Or le rapport continue : « Il est clair en tout cas que si la semaine de neuf demi-journées n’a pas été choisie, c’est parce que, comme l’a indiqué M. Jean-Michel Blanquer, directeur général de l’enseignement scolaire au ministère de l’éducation nationale, « le monde des adultes s’est entendu sur le monde des enfants » ».
Le rapport de l’Académie de médecine   « Aménagement du temps scolaire et santé de l’enfant », outre qu’il insiste sur la nécessité de respecter une régularité dans le sommeil des enfants, propose d’« organiser la semaine scolaire sur une journée moins longue : cinq heures par exemple et sur une semaine de quatre jours et demi ou cinq jours, comme dans la plupart des pays européens ». 
Jean-Michel Blanquer, qui se présente comme un ministre de l’Education nationale qui fonde sa politique sur « la science », non seulement oublie ses affirmations de 2010, mais ignore volontairement les préconisations de scientifiques reconnus. Il publie le 27 juin 2017   un décret relatif aux dérogations à l'organisation de la semaine scolaire dans les écoles maternelles et élémentaires publiques, permettant d’autoriser des adaptations ayant pour effet de répartir les heures d’enseignement hebdomadaires sur huit demi-journées réparties sur quatre jours ! 
Et dès l’annonce de la publication de ce décret on a vu les adultes, parents et enseignants, monter au créneau pour que très vite celui-ci puisse être appliqué, avec le plus souvent uniquement des arguments de confort personnel. Il faut dire que ce n’est pas tout à fait nouveau puisque déjà en 1994, de juin à octobre, le Ministre de l’époque, François Bayrou, lance une consultation sur l’organisation des temps scolaires, puisqu’un décret de 1991 autorisait des dérogations à cette organisation. 40000 conseils d’école y ont répondu, 4 propositions étaient faites : maintien de la semaine actuelle avec le samedi matin, report du samedi au mercredi (le plus mauvais score), 4 jours avec raccourcissement des vacances (on est alors à 26 h de classe), (39%) et 4 jours à 6h30 ! 20% n’ont pas hésité à faire ce choix, soit le second en nombre de votes ! 
Jacques Chirac remettra de l’ordre dans tout ça en promettant lors de sa campagne présidentielle qu’il réformera les rythmes scolaires ; une fois élu il charge immédiatement son ministre jeunesse et Sports de réaliser cette promesse : une circulaire tri-ministérielle (EN, JS et Culture) imposera que toute nouvelle organisation étale les heures scolaires sur au moins 5 jours ! 

Mais comment ne pas être déboussolée de constater aujourd'hui que la hiérarchie de l’éducation nationale, IEN comme Dasen, sont capables de passer du blanc au noir en quelques semaines ! Jusque début 2017 ils étaient en grande majorité dans l’interdiction de déroger aux 9 demi-journées, y compris pour des projets de qualité respectant réellement les besoins des enfants et dès juillet, ils ne voyaient aucune contradiction à donner des dérogations à toutes les communes qui les demandaient ! 
Quant à leur comportement actuel, ils interrogent vraiment. Quelques exemples au hasard : 
J’ai rencontré dernièrement, lors d’une de mes conférences, un collègue universitaire qui m’a expliqué que son épouse est professeur des écoles. Dans leur commune, tous les enseignants de l’école ont voté unanimement de rester à une semaine de 4,5 jours. Leur IEN est alors intervenu pour leur faire comprendre que comme les parents étaient majoritairement pour les 4 jours, il leur faudra faire en sorte que le conseil d’école vote en ce sens !!

Une source sûre m’a fait savoir qu’un Dasen avait fait entendre aux IEN de son académie qu’il valait mieux que la semaine de 4 jours soit généralisée ! 

Dans une commune d’un département où le nombre d’enfants en grande difficulté est important,  où les conseils d’école voulaient majoritairement rester à 4,5 jours, et alors que des parents délégués avaient envoyé un courrier au dasen pour confirmer que ce choix était bien le leur, l'IEN sous pression a donné un avis favorable au retour à 4jours ! en osant évoquer le fait qu’il serait plus facile de gérer deux communes proches sur la même organisation sachant que l’une est déjà retournée à 4 jours ! Le DASEN a évidemment entériné le retour à 4 jours malgré l'intervention d’une collègue qui siégeait pour le snuipp: ils ont d'ailleurs eu un échange "vigoureux". Les parents prévenus aussitôt envisagent un recours mais je pense qu’on connaît la suite ! 

Enfin un parent a écrit au ministère pour dire « qu’elle suppose que la récente décision de permettre par dérogation aux communes de proposer un temps scolaire sur 4 jours au lieu de 5 a été prise suite à une réflexion approfondie priorisant l’épanouissement de l’enfant et le respect de ses rythmes d’apprentissage ». Ce parent s’appuyait d’ailleurs, comme elle l’écrivait, sur des instituteurs de sa connaissance qui lui avaient dit que bien que regrettant leur coupure du mercredi, ils avouaient qu’une matinée d’enseignement n’avait pas la même valeur que celle d’une après-midi. 
Constat nous semble-t-il, qu’ont fait tous les autres pays du monde !
Je joins à ce billet la réponse que ce parent a reçu du MEN, qui montre bien qu’avant le hien-être des enfants, d’autres préoccupations apparaissent. 
D’ailleurs en parallèle avec le constat que j’ai fait quant à certaines attitudes de DASEN, le courrier signifie que quand un consensus local se dégage, les services académiques peuvent alors décider d’autoriser ou non des adaptations ! Ces autorisations sont accordées sur la base de la cohérence des apprentissages et donc de l’intérêt des enfants !! Où est-il quand enseignants et parents veulent les 4,5 jours pour le bien des enfants et que c’est refusé par le DASEN ?
Il est aussi question du calendrier de l’année, le MEN rappelle alors que son élaboration répond à des exigences légales et à des principes retenus depuis plusieurs années en concertation avec les partenaires concernés, et notamment ceux en charge de la sécurité routière et du tourisme ! 
Il est évident que toutes les familles françaises partent constamment en vacances tout au long de l’année ! 
Non l’Éducation nationale n’a pas comme principe premier le respect de chaque enfant de ce pays.

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