Mirecourt-AG anciens Ecole Normale des Vosges

Rencontre du 7 avril 2013 avec les anciens de l'école normale de Mirecourt (88)

Aménager les rythmes scolaires, bonne entrée pour refonder l’école ?

Pour la conférence du 7 avril à Mirecourt

Qu’attend-on de l’utilisation de la terminologie « Rythmes scolaires » ? Est-ce le terme le mieux approprié pour réorganiser le fonctionnement de l’école afin de la rendre plus à même de répondre aux besoins de chaque enfant ?

Je démontrerai que ce terme est apparu en France à un certain moment de l’histoire, scolaire mais aussi scientifique, ce qui explique que c’est une terminologie franco-française qui n’a aucun équivalent ailleurs dans le monde.

Mais je démontrerai aussi qu’avoir inscrit dans la mémoire collective cette terminologie, sans d’ailleurs l’avoir associée à son histoire, a aujourd’hui des effets contre-productifs puisqu’on ne peut que constater que vouloir uniquement « aménager les rythmes scolaires » laisse sceptiques tous ceux qui croient en une refondation de l’école.

Or c’est bien un mésusage du terme rythme qui apparaît ici : on dit d’un événement qu’il est rythmé si cet événement se reproduit à l’identique avec une certaine périodicité. D’une part, rien dans le scolaire ne se reproduit à l’identique, nous devons même l’espérer ! D’autre part, un rythme biologique est génétiquement programmé, c’est dire qu’on ne peut l’ « aménager ». Un rythme se synchronise ou se désynchronise et la désynchronisation des rythmes a des effets immédiats sur le bien-être et sur l’efficience.

C’est pourquoi depuis de très nombreuses années, avec l’expérience de chercheur en chronobiologie qui est la mienne aujourd’hui, je demande qu’on renonce à l’utilisation de ce terme pour s’intéresser à l’aménagement des temps de vie des enfants : cet aménagement a du sens puisqu’on doit quand même avoir en tête que le temps strictement scolaire ne représente que moins de 10% du temps de vie des enfants, c’est dire qu’il est anormal de ne s’occuper que de ces 10% de temps en abandonnant complètement les 90% d’autres temps.

C’est dire encore qu’on ne peut bien aménager le temps scolaire qu’en s’interrogeant sur la cohérence possible à donner entre ce temps et les autres temps de l’enfant.

C’est encore partir de l’idée qu’on ne peut parler d’aménagement des temps qu’en s’intéressant également aux contenus de ces temps, aux pratiques et méthodes mises en place pour occuper ces temps, quels qu’ils soient, scolaires ou non scolaires. Ce qui nécessite de se préoccuper de la qualité de tout intervenant éducatif et donc de sa formation.

C’est enfin dire qu’on ne pourra réaménager, au mieux des besoins des enfants, ces temps scolaires que si on accepte de les détacher du découpage horaire tel qu’on le fait en se préoccupant d’encadrer chaque demi-journée jusqu’à prétendre qu’une demi-heure en moins chaque jour changera fondamentalement les choses pour les élèves comme pour les enseignants.

Mon expérience de chercheur travaillant avec et pour le terrain m’a appris que, pour réussir à débloquer les résistances au changement qui sont le fait de tout humain, mais sont particulièrement prononcées chez les enseignants, il faut avant tout leur apporter de la nourriture intellectuelle nécessaire à l’acquisition des connaissances indispensables à avoir quant au développement physiologique des enfants. En effet, méconnaître l’évolution des rythmes biologiques chez l’enfant d’école primaire fait commettre des erreurs quant aux capacités d’apprentissage de ces enfants.

De plus on constate rapidement que ces connaissances finissent par parler aux enseignants qui se sentent tout autant concernés par le contenu de ces connaissances pour eux-mêmes. Il devient alors possible d’échanger avec eux sur leur propre bien-être, en particulier sur la qualité de leur vie professionnelle.

Cette entrée est d’autant plus intéressante qu’elle permet de ne pas culpabiliser la seule école quant au mal-être des enfants : on comprend assez vite que les parents sont très concernés par ce discours, et que les seuls changements d’horaires scolaires n’auront pas les apports attendus si par ailleurs rien n’est fait pour respecter la régularité du rythme veille-sommeil des enfants.

On peut, à partir de là, présenter le type d’organisation qui nous semble le plus à même de permettre d’innover pédagogiquement et qui soit capable de mettre en interactions les temps strictement scolaires avec les temps non scolaires qui viennent les compléter.

On peut alors discuter avec les enseignants de ce qui les concerne directement, à savoir comment organiser un ordonnancement pertinent des séquences pédagogiques, portant sur l’ensemble des disciplines du programme scolaire, mais aussi comment profiter des autres temps pour construire chez les enfants des stratégies de transfert d’apprentissage si important dans l’ensemble de leur parcours scolaire puis universitaire mais aussi dans leur vie quotidienne.

Le partenariat permettant de la co-production éducative devient alors évident et c’est à partir de cette évidence que l’idée de construction d’un projet éducatif prend naissance. On permet alors une vraie évolution de l’école, qui ne restera pas fermée sur elle-même, cherchera à s’ouvrir sur la Cité, ce qui permettra un changement fondamental dans les relations entre les enfants eux-mêmes, entre les enfants et les adultes et entre les enfants et les structures de leur quartier qu’ils ne sont pas habitués à fréquenter.

C’est ainsi que j’ai participé à la construction d’un tel projet dans un groupe scolaire lillois voici 17 ans, projet qui vient d’être reconduit dans un autre groupe scolaire de Lomme, ville de la communauté urbaine de Lille. Ces projets n’ont rien à voir avec un seul aménagement des « rythmes scolaires », nous ne nous sommes pas contentés d’enlever une demi-heure chaque jour au temps scolaire pour simplement y placer des activités, gestion qui, dans la plupart des cas, consistera juste à boucher les trous jusqu’à la sortie de l’école. L’école relève bien toujours de l’Éducation nationale, l’identité propre à chacun des différents acteurs éducatifs n’est absolument pas en péril.

Nous avons eu l’ambition d’aménager les temps de vie des enfants, ce qui a conduit la ville de Lomme à signer une charte entre le DASEN, la directrice de la cohésion sociale, la directrice de la CAF, le maire et les parents.

Et nous voyons bien là une première étape dans la refondation de l’école. Notre espoir est de généraliser largement ce modèle d’aménagement, ce à quoi différents élus et moi-même travaillons actuellement.

 

Claire Leconte, Des rythmes de vie aux rythmes scolaires : quelle histoire ! Presses Universitaires du Septentrion, coll. Savoirs Mieux, mai 2011

Commentaires (2)

1. claireleconte (site web) 10/04/2013

Bonsoir. Était-il à l'AG ? Est-ce lui qui est venu me voir à la fin de ma conférence ? Il ne s'est pas présenté à moi. Non, je ne peux être en accord avec tout ce qu'il dit. On ne peut plus ignorer que l'enfant d'aujourd'hui est éduqué autant à l'extérieur decĺécole qu'au sein de la classe. Et l'un des rôles de l'école est de justement faire du lien entre ces acquis réalisés sans elle et ceux qu'elle provoque chez l'élève. C'est ce que je mets derrière les transferts d'apprentissage, véritable richesse pour l'enfant qui aura appris à les faire de lui-même.
L'école a tout à gagner à s'ouvrir sur son environnement mais aussi à s'ouvrir à son environnement. C'est ce qui lui permettra de ne pas être débordé par l'école privée.
Et cela ne modifie en rien le rôle et le statut de l'enseignant, au contraire, ça le grandit aux yeux des enfants car "il connaît tout" !
C'est ainsi qu'il pourra former le jugement critique de ses élèves, ne serait-ce que par rapport à ce qu'ils regardent à la télé. Ce n'est pas en restant repkié sur les seuls savoirs qu'elle doit transmettre.
Et mieux connaître les apports éducatifs faits par d'autres qu'elle l'aidera à les intégrer dans ses propres apprentissages ce qui créera la continuité éducative dont a tant besoin l'enfant.
On peut continuer à échanger par mail si vous le souhaitez. Sincèrement. Claire

2. SOISSONS Jean-Claude 08/04/2013

Je viens de lire votre texte vosgien, j'étais à la réunion socialiste de Saint-Quentin ( mais j'ai manqué la 1ère heure pour cause d'autre réunion. Je suis l'ami normalien et aussi DDEN du Denis Billon que vous avez pu rencontrer hier à Mirecourt.. Je persiste à croire que son texte ne va pas exactement dans le sens de vos propos; Je vous le joins
"
Rythmes scolaires
Je voudrais commencer par vous lire mon journal local de la semaine dernière. On y parlait des rythmes scolaires.
On interroge monsieur Hubert Montagner chercheur à l’inserm et spécialiste du rythme de l’enfant
Le titre fait réfléchir :
Derrière chaque écolier il y a un enfant. Et oui, et il aurait pu ajouter, chaque enfant est différent de l’autre.
Ensuite il nous ressort les arguments habituels. On travaille mieux le matin que l’après-midi. On savait. C’est pour cela que les allemands font classe le matin.
Il nous dit que de 14h à 16h ; il y a un rebond de vigilance. Ça dépend de ce qu’on a mangé. Bref rien de spécial et qu’on ne sache déjà.
Quel instituteur digne de ce nom ne plaçait pas de 15 à 16h gymnastique, dessin, musique, matières qui nécessite moins d’attention.
Le reste est plus intéressant :
Il nous dit que les capacités d’attention varient en fonction de l’âge, mais aussi de l’état de sécurité affective.
Les enfants qui subissent des troubles du sommeil, ou vivent dans un climat intrafamilial en déficit d’affection n’ont pas ce rebond d’attention de l’après-midi et ils sont généralement en difficulté scolaire.
Il vient de nous apprendre que les enfants qui ne sont pas heureux chez eux ont de moins bons résultats.
Mais ce grand « spécialiste » ajoute quelque chose que je suis incapable de comprendre.
Il faut enfin prendre conscience que derrière chaque élève, il y a un enfant.
D’où la nécessité d’une implication entre l’équipe éducative et la mairie, les associations, les clubs, qui s’investiraient dans l’école.
Pour ma part, je suis persuadé que la pédagogie est une science expérimentale. En ce sens, on apprend en observant l’enfant, en essayant, en constatant ses échecs et ses réussites, en en tenant compte.
On ne fait pas de pédagogie à la suite d’études de laboratoires. Ce n’est pas affaire de tubes à essais, de microscopes, de spécialistes hyper pointus. Mais on progresse par sa propre expérience. C’est souvent une affaire de don et de goût. On est ou on n’est pas pédagogue, on l’est si on aime les enfants.
Chaque enseignant est différent de l’autre, chaque enfant est différent de l’autre.
Pierre Rothiot disait : On ne peut être un bon enseignant si on n’a pas soi-même des enfants. Raisonnement un peu douteux ! Mais il disait quelque chose de plus subtil, et je regrette de ne pas avoir suivi ce précepte :
Si vous avez un enfant, achetez un carnet et notez tout ce que vous pouvez observer.
Je voudrais donc maintenant parler du sujet à la lumière de ma vie d’élève, de ma vie d’instituteur, de ma vie de père et de grand père.
Elève et jeune instituteur j’ai vécu au rythme de 30 heures de classe par semaine. Il fallait y ajouter 4h d’études, ce qui fait que l’enfant quittait l’école à 18h.
L’horaire de début de classe, à 8h30, n’était pas forcément respecté car l’instit étant présent plus tôt pour préparer sa classe, l’élève venait parfois plus tôt, apprenait ses leçons en silence, sollicitait le maître qui pouvait faire de l’aide personnalisée.
Et personne ne trouvait les horaires démentiels. Et les enfants n’étaient pas sur les genoux.
Il n’y avait pas de vacances de Toussaint, moins de deux semaines entre Noël et Nouvel an. Pas de vacances d’hiver. Quinze jours à Pâques. Et 10 semaines de grandes vacances du 14 juillet au 1e octobre.
Et il n’y avait personne pour nous parler de cycles de sept semaines, avec quinze jours de repos, système déformé par les exigences hôtelières et de l’industrie de la neige.
Personne ne se plaignait. Et les enfants n’avaient pas perdu leurs acquis après plus de deux mois de vacances d’été.
Et oui. Les enfants étaient-ils différents. Non ! On les a fait différents.
Je voudrais tout d’abord vous dire à quel point je trouvais une hérésie les propos du ministre Jospin qui voulait mettre l’enfant au centre du système éducatif. Non ! Au centre de l’école est la connaissance. C’est ce qui rendra libre.
La connaissance, tout le monde doit être à son service, l’enfant, l’enseignant, les parents. Et c’est parfois dur. Dur d’apprendre mon enfant. Dur de se colleter à essayer d’imprégner l’élève de ce qu’on juge utile qu’il sache. Dur de se lever le samedi pour mettre l’enfant à l’école.
Les parents ont vite considéré l’école comme un service rendu. Un endroit avant tout de garde pendant qu’ils vont travailler, faire les courses ou se divertir.
La porte était ouverte au périscolaire, aux activités annexes, mais aussi au service de garde quand l’instituteur est en grève.
Peu importe que ce jour là, l’enfant n’apprenne rien, il est gardé.
Et même quand l’enseignant est malade, il est difficile de mobiliser les parents, si à tout le moins l’enfant est accueilli dans une autre classe. L’école n’est plus un lieu de connaissance, mais une vaste garderie.
Ecartons les scories de mon propos. Retraité depuis plus de quinze ans, je suis toujours syndiqué. Je trouve que les instits travaillent, et souvent bien. Je pense qu’ils ne sont pas assez payés.
Pour autant, je trouve aussi qu’ils ne prennent pas leurs fonctions dans leur globalité. Je trouve que le temps de classe hebdomadaire n’est pas assez important.
En 1968, j’ai fait 3 semaines de grève. Nous voulions transformer l’école.
Pour ne pas le faire, le ministre Edgar Faure décide d’enlever 3 heures par semaine. Démagogie pour les instits et pour les parents.
Le service de l’étude est régi par un système qui ôte toute autonomie à l’instituteur en le mettant sous la coupe de la mairie ou d’une association. Et voilà qu’apparaît le périscolaire. De ce fait, l’instituteur a relégué sa fonction d’animateur, le sport scolaire, les colonies de vacances, aux mains maintenant de professionnels de l’animation.
Un problème était posé aux parents. Il y avait la fameuse journée pédagogique. Une journée sans classe. Intolérable.
On passe à 26 heures. On met dans ces heures les conseils d’école, dont il y aurait beaucoup à dire, la journée pédagogique et les différentes réunions de concertation.
Le ministre Luc Chatel qui ne voulait pas que du bien à l’école de la République, passe à 24h sous les applaudissements des parents et des enseignants.
Je suis peut-être bête. On ne fait en 24h pas ce qu’on faisait en 30h.
D’autant qu’on a alourdi la barque avec l’informatique, les langues et toutes sortes d’opérations humanitaires qui n’ont rien à voir avec l’école.
Il faut donc augmenter la durée hebdomadaire de classe.
Il faut que l’enseignant prenne en compte l’ensemble de ses tâches, toutes celles qui étaient enseignées à l’école normale. L’instituteur ne doit pas arriver à 8h20 avec sa mallette pleine de belles préparations. L’instituteur ne doit pas se considérer comme un ouvrier qui travaille en fini quitte.
Il doit connaître ses élèves, leur environnement familial dans tous ses aspects sociaux et culturels. C’est d’ailleurs pour cela qu’il s’engageait volontiers dans les associsions ou les clubs, les seyndicats et dans la vie municipale. Il y était apprécié.
L’enseignant ne doit pas faire de l’aide personnalisée à heure fixe, dans des conditions douteuses, pour très peu d’élèves à condition que les parents le veuillent bien.
Le soutien n’est pas le travail de spécialistes, il est d’abord le souci du maître, quitte à appeler en seconde intention un maître rééducateur, un psychologue, un orthophoniste, etc. Mais en premier, c’est son souci.
Ce qui veut dire que le métier d’instituteur est un travail plus qu’à plein temps.
J’enrage de voir une femme qui dit privilégier sa vie de famille.
J’enrage de voir un enseignant qui dit privilégier ses études, ou ses passions et activités personnelles. On est d’abord instituteur.
Mais me direz-vous, la durée de classe est trop longue. L’enfant se fatigue.
Non ! La classe ne fatigue pas l’enfant, c’est tout ce qu’il y a autour.
D’abord, et je ne vous l’apprendrai pas, la télévision. L’enfant y est suspendu depuis le lever jusque souvent fort tard dans la nuit. Pour voir quoi. Pour apprendre quoi ?
Gully, dessin animé souvent laid et sans vision culturelle.
Où est-elle passée la télévision scolaire qu’on proposait sur les chaînes publiques ?
A la place l’enfant regarde des publicités avec des barres chocolatées et un bandeau : Pour votre santé, etc…. Honteux.
Qui osera me dire que cela cultive et instruit le jeune être qui est en extase devant ?
Et puis il y a les parents. A peine sorti de l’école, l’enfant doit aller au cours de chant de dessin de poney, etc etc. Il faut courir d’un endroit à l’autre, c’est payant. En réalité c’est occupationnel pendant que les parents sont au travail ….
C’est donc cette vie infernale qui fatigue l’enfant. Pas l’école.
Et que dire de sa mémoire.
On nous dit que l’attention des enfants ne tient pas le choc. Qu’il n’y a que des rebonds d’attention.
Pas étonnant alors qu’il est soumis cette profusion d’images et de sons, il ne reste plus de place pour mémoriser ce qui doit l’être. Les enfants d’aujourd’hui sont vifs, aptes à des choses plus difficiles. Mais ils ne mémorisent pas.
La semaine scolaire était rythmée avec une pause. Le jeudi, devenu mercredi avait ce mérite. L’enfant pouvait se reposer, se reprendre. Vincent Peillon ne leur laisse même pas ce plaisir.
Les petites vacances qui devraient respecter les fameux rythmes 7 semaines et deux semaines ne le font pas sous la pression des lobbys hôteliers. Mais surtout, lors de ces vacances :
Il y a les veinards qui vont au ski. Vite vite pour profiter au maximum de la neige. Oui mais les enfants rentrent lessivés.
Il y a ceux qui doivent vite rejoindre papa, car la famille est recomposée. Le papa fait faire plein de choses pour qu’il ne soit pas dit. L’enfant rentre usé.
Il y a celui qui va au centre aéré car papa et maman travaillent, lever de bonne heure, une journée de centre, il connaît, il y va tous les ans, il est fatigué à la fin.
Il y a ceux qui n’ont pas cette chance. Alors, c’est quinze jours de Gully. Fatigue des yeux, lassitude, impression de n’avoir rien fait. Deux semaines perdues.
Mais surtout, ce qui me met en colère contre cette réforme, c’est une privatisation rampante de l’école.
Il est acquis que l’école, c’est de 7 heures à 18 heures. Post et périscolaire, cantine, centre aéré. Remarque : aucun texte n’oblige les municipalités à faire cela. Elles s’en déchargent parfois sur des associations. Mais les parents sont électeurs.
Et ces services sont souvent payants.
Monsieur Peillon veut que la classe finisse à 15h30. Il annonce. Aucun enfant ne quittera l’école avant 16h30. Avec qui ? En général, ce sera payant. Comment peut on dire que ce qui est obligatoire n’est pas gratuit ? On veut faire entrer dans l’école des associations privées.
Autrefois, le directeur d’école décidait de qui pouvait utiliser les locaux scolaires.
Maintenant, ce sont les maires, ils prêtent l’école à toutes sortes d’associations. Demain sera pire. Et aucune garantie ne sera donnée sur la laïcité ou le républicanisme des occupants.
Mais il y aurait tant à dire que je préfère m’arrêter.
Rythmes scolaires
Je voudrais commencer par vous lire mon journal local de la semaine dernière. On y parlait des rythmes scolaires.
On interroge monsieur Hubert Montagner chercheur à l’inserm et spécialiste du rythme de l’enfant
Le titre fait réfléchir :
Derrière chaque écolier il y a un enfant. Et oui, et il aurait pu ajouter, chaque enfant est différent de l’autre.
Ensuite il nous ressort les arguments habituels. On travaille mieux le matin que l’après-midi. On savait. C’est pour cela que les allemands font classe le matin.
Il nous dit que de 14h à 16h ; il y a un rebond de vigilance. Ça dépend de ce qu’on a mangé. Bref rien de spécial et qu’on ne sache déjà.
Quel instituteur digne de ce nom ne plaçait pas de 15 à 16h gymnastique, dessin, musique, matières qui nécessite moins d’attention.
Le reste est plus intéressant :
Il nous dit que les capacités d’attention varient en fonction de l’âge, mais aussi de l’état de sécurité affective.
Les enfants qui subissent des troubles du sommeil, ou vivent dans un climat intrafamilial en déficit d’affection n’ont pas ce rebond d’attention de l’après-midi et ils sont généralement en difficulté scolaire.
Il vient de nous apprendre que les enfants qui ne sont pas heureux chez eux ont de moins bons résultats.
Mais ce grand « spécialiste » ajoute quelque chose que je suis incapable de comprendre.
Il faut enfin prendre conscience que derrière chaque élève, il y a un enfant.
D’où la nécessité d’une implication entre l’équipe éducative et la mairie, les associations, les clubs, qui s’investiraient dans l’école.
Pour ma part, je suis persuadé que la pédagogie est une science expérimentale. En ce sens, on apprend en observant l’enfant, en essayant, en constatant ses échecs et ses réussites, en en tenant compte.
On ne fait pas de pédagogie à la suite d’études de laboratoires. Ce n’est pas affaire de tubes à essais, de microscopes, de spécialistes hyper pointus. Mais on progresse par sa propre expérience. C’est souvent une affaire de don et de goût. On est ou on n’est pas pédagogue, on l’est si on aime les enfants.
Chaque enseignant est différent de l’autre, chaque enfant est différent de l’autre.
Pierre Rothiot disait : On ne peut être un bon enseignant si on n’a pas soi-même des enfants. Raisonnement un peu douteux ! Mais il disait quelque chose de plus subtil, et je regrette de ne pas avoir suivi ce précepte :
Si vous avez un enfant, achetez un carnet et notez tout ce que vous pouvez observer.
Je voudrais donc maintenant parler du sujet à la lumière de ma vie d’élève, de ma vie d’instituteur, de ma vie de père et de grand père.
Elève et jeune instituteur j’ai vécu au rythme de 30 heures de classe par semaine. Il fallait y ajouter 4h d’études, ce qui fait que l’enfant quittait l’école à 18h.
L’horaire de début de classe, à 8h30, n’était pas forcément respecté car l’instit étant présent plus tôt pour préparer sa classe, l’élève venait parfois plus tôt, apprenait ses leçons en silence, sollicitait le maître qui pouvait faire de l’aide personnalisée.
Et personne ne trouvait les horaires démentiels. Et les enfants n’étaient pas sur les genoux.
Il n’y avait pas de vacances de Toussaint, moins de deux semaines entre Noël et Nouvel an. Pas de vacances d’hiver. Quinze jours à Pâques. Et 10 semaines de grandes vacances du 14 juillet au 1e octobre.
Et il n’y avait personne pour nous parler de cycles de sept semaines, avec quinze jours de repos, système déformé par les exigences hôtelières et de l’industrie de la neige.
Personne ne se plaignait. Et les enfants n’avaient pas perdu leurs acquis après plus de deux mois de vacances d’été.
Et oui. Les enfants étaient-ils différents. Non ! On les a fait différents.
Je voudrais tout d’abord vous dire à quel point je trouvais une hérésie les propos du ministre Jospin qui voulait mettre l’enfant au centre du système éducatif. Non ! Au centre de l’école est la connaissance. C’est ce qui rendra libre.
La connaissance, tout le monde doit être à son service, l’enfant, l’enseignant, les parents. Et c’est parfois dur. Dur d’apprendre mon enfant. Dur de se colleter à essayer d’imprégner l’élève de ce qu’on juge utile qu’il sache. Dur de se lever le samedi pour mettre l’enfant à l’école.
Les parents ont vite considéré l’école comme un service rendu. Un endroit avant tout de garde pendant qu’ils vont travailler, faire les courses ou se divertir.
La porte était ouverte au périscolaire, aux activités annexes, mais aussi au service de garde quand l’instituteur est en grève.
Peu importe que ce jour là, l’enfant n’apprenne rien, il est gardé.
Et même quand l’enseignant est malade, il est difficile de mobiliser les parents, si à tout le moins l’enfant est accueilli dans une autre classe. L’école n’est plus un lieu de connaissance, mais une vaste garderie.
Ecartons les scories de mon propos. Retraité depuis plus de quinze ans, je suis toujours syndiqué. Je trouve que les instits travaillent, et souvent bien. Je pense qu’ils ne sont pas assez payés.
Pour autant, je trouve aussi qu’ils ne prennent pas leurs fonctions dans leur globalité. Je trouve que le temps de classe hebdomadaire n’est pas assez important.
En 1968, j’ai fait 3 semaines de grève. Nous voulions transformer l’école.
Pour ne pas le faire, le ministre Edgar Faure décide d’enlever 3 heures par semaine. Démagogie pour les instits et pour les parents.
Le service de l’étude est régi par un système qui ôte toute autonomie à l’instituteur en le mettant sous la coupe de la mairie ou d’une association. Et voilà qu’apparaît le périscolaire. De ce fait, l’instituteur a relégué sa fonction d’animateur, le sport scolaire, les colonies de vacances, aux mains maintenant de professionnels de l’animation.
Un problème était posé aux parents. Il y avait la fameuse journée pédagogique. Une journée sans classe. Intolérable.
On passe à 26 heures. On met dans ces heures les conseils d’école, dont il y aurait beaucoup à dire, la journée pédagogique et les différentes réunions de concertation.
Le ministre Luc Chatel qui ne voulait pas que du bien à l’école de la République, passe à 24h sous les applaudissements des parents et des enseignants.
Je suis peut-être bête. On ne fait en 24h pas ce qu’on faisait en 30h.
D’autant qu’on a alourdi la barque avec l’informatique, les langues et toutes sortes d’opérations humanitaires qui n’ont rien à voir avec l’école.
Il faut donc augmenter la durée hebdomadaire de classe.
Il faut que l’enseignant prenne en compte l’ensemble de ses tâches, toutes celles qui étaient enseignées à l’école normale. L’instituteur ne doit pas arriver à 8h20 avec sa mallette pleine de belles préparations. L’instituteur ne doit pas se considérer comme un ouvrier qui travaille en fini quitte.
Il doit connaître ses élèves, leur environnement familial dans tous ses aspects sociaux et culturels. C’est d’ailleurs pour cela qu’il s’engageait volontiers dans les associsions ou les clubs, les seyndicats et dans la vie municipale. Il y était apprécié.
L’enseignant ne doit pas faire de l’aide personnalisée à heure fixe, dans des conditions douteuses, pour très peu d’élèves à condition que les parents le veuillent bien.
Le soutien n’est pas le travail de spécialistes, il est d’abord le souci du maître, quitte à appeler en seconde intention un maître rééducateur, un psychologue, un orthophoniste, etc. Mais en premier, c’est son souci.
Ce qui veut dire que le métier d’instituteur est un travail plus qu’à plein temps.
J’enrage de voir une femme qui dit privilégier sa vie de famille.
J’enrage de voir un enseignant qui dit privilégier ses études, ou ses passions et activités personnelles. On est d’abord instituteur.
Mais me direz-vous, la durée de classe est trop longue. L’enfant se fatigue.
Non ! La classe ne fatigue pas l’enfant, c’est tout ce qu’il y a autour.
D’abord, et je ne vous l’apprendrai pas, la télévision. L’enfant y est suspendu depuis le lever jusque souvent fort tard dans la nuit. Pour voir quoi. Pour apprendre quoi ?
Gully, dessin animé souvent laid et sans vision culturelle.
Où est-elle passée la télévision scolaire qu’on proposait sur les chaînes publiques ?
A la place l’enfant regarde des publicités avec des barres chocolatées et un bandeau : Pour votre santé, etc…. Honteux.
Qui osera me dire que cela cultive et instruit le jeune être qui est en extase devant ?
Et puis il y a les parents. A peine sorti de l’école, l’enfant doit aller au cours de chant de dessin de poney, etc etc. Il faut courir d’un endroit à l’autre, c’est payant. En réalité c’est occupationnel pendant que les parents sont au travail ….
C’est donc cette vie infernale qui fatigue l’enfant. Pas l’école.
Et que dire de sa mémoire.
On nous dit que l’attention des enfants ne tient pas le choc. Qu’il n’y a que des rebonds d’attention.
Pas étonnant alors qu’il est soumis cette profusion d’images et de sons, il ne reste plus de place pour mémoriser ce qui doit l’être. Les enfants d’aujourd’hui sont vifs, aptes à des choses plus difficiles. Mais ils ne mémorisent pas.
La semaine scolaire était rythmée avec une pause. Le jeudi, devenu mercredi avait ce mérite. L’enfant pouvait se reposer, se reprendre. Vincent Peillon ne leur laisse même pas ce plaisir.
Les petites vacances qui devraient respecter les fameux rythmes 7 semaines et deux semaines ne le font pas sous la pression des lobbys hôteliers. Mais surtout, lors de ces vacances :
Il y a les veinards qui vont au ski. Vite vite pour profiter au maximum de la neige. Oui mais les enfants rentrent lessivés.
Il y a ceux qui doivent vite rejoindre papa, car la famille est recomposée. Le papa fait faire plein de choses pour qu’il ne soit pas dit. L’enfant rentre usé.
Il y a celui qui va au centre aéré car papa et maman travaillent, lever de bonne heure, une journée de centre, il connaît, il y va tous les ans, il est fatigué à la fin.
Il y a ceux qui n’ont pas cette chance. Alors, c’est quinze jours de Gully. Fatigue des yeux, lassitude, impression de n’avoir rien fait. Deux semaines perdues.
Mais surtout, ce qui me met en colère contre cette réforme, c’est une privatisation rampante de l’école.
Il est acquis que l’école, c’est de 7 heures à 18 heures. Post et périscolaire, cantine, centre aéré. Remarque : aucun texte n’oblige les municipalités à faire cela. Elles s’en déchargent parfois sur des associations. Mais les parents sont électeurs.
Et ces services sont souvent payants.
Monsieur Peillon veut que la classe finisse à 15h30. Il annonce. Aucun enfant ne quittera l’école avant 16h30. Avec qui ? En général, ce sera payant. Comment peut on dire que ce qui est obligatoire n’est pas gratuit ? On veut faire entrer dans l’école des associations privées.
Autrefois, le directeur d’école décidait de qui pouvait utiliser les locaux scolaires.
Maintenant, ce sont les maires, ils prêtent l’école à toutes sortes d’associations. Demain sera pire. Et aucune garantie ne sera donnée sur la laïcité ou le républicanisme des occupants.
Mais il y aurait tant à dire que je préfère m’arrêter.
Rythmes scolaires
Je voudrais commencer par vous lire mon journal local de la semaine dernière. On y parlait des rythmes scolaires.
On interroge monsieur Hubert Montagner chercheur à l’inserm et spécialiste du rythme de l’enfant
Le titre fait réfléchir :
Derrière chaque écolier il y a un enfant. Et oui, et il aurait pu ajouter, chaque enfant est différent de l’autre.
Ensuite il nous ressort les arguments habituels. On travaille mieux le matin que l’après-midi. On savait. C’est pour cela que les allemands font classe le matin.
Il nous dit que de 14h à 16h ; il y a un rebond de vigilance. Ça dépend de ce qu’on a mangé. Bref rien de spécial et qu’on ne sache déjà.
Quel instituteur digne de ce nom ne plaçait pas de 15 à 16h gymnastique, dessin, musique, matières qui nécessite moins d’attention.
Le reste est plus intéressant :
Il nous dit que les capacités d’attention varient en fonction de l’âge, mais aussi de l’état de sécurité affective.
Les enfants qui subissent des troubles du sommeil, ou vivent dans un climat intrafamilial en déficit d’affection n’ont pas ce rebond d’attention de l’après-midi et ils sont généralement en difficulté scolaire.
Il vient de nous apprendre que les enfants qui ne sont pas heureux chez eux ont de moins bons résultats.
Mais ce grand « spécialiste » ajoute quelque chose que je suis incapable de comprendre.
Il faut enfin prendre conscience que derrière chaque élève, il y a un enfant.
D’où la nécessité d’une implication entre l’équipe éducative et la mairie, les associations, les clubs, qui s’investiraient dans l’école.
Pour ma part, je suis persuadé que la pédagogie est une science expérimentale. En ce sens, on apprend en observant l’enfant, en essayant, en constatant ses échecs et ses réussites, en en tenant compte.
On ne fait pas de pédagogie à la suite d’études de laboratoires. Ce n’est pas affaire de tubes à essais, de microscopes, de spécialistes hyper pointus. Mais on progresse par sa propre expérience. C’est souvent une affaire de don et de goût. On est ou on n’est pas pédagogue, on l’est si on aime les enfants.
Chaque enseignant est différent de l’autre, chaque enfant est différent de l’autre.
Pierre Rothiot disait : On ne peut être un bon enseignant si on n’a pas soi-même des enfants. Raisonnement un peu douteux ! Mais il disait quelque chose de plus subtil, et je regrette de ne pas avoir suivi ce précepte :
Si vous avez un enfant, achetez un carnet et notez tout ce que vous pouvez observer.
Je voudrais donc maintenant parler du sujet à la lumière de ma vie d’élève, de ma vie d’instituteur, de ma vie de père et de grand père.
Elève et jeune instituteur j’ai vécu au rythme de 30 heures de classe par semaine. Il fallait y ajouter 4h d’études, ce qui fait que l’enfant quittait l’école à 18h.
L’horaire de début de classe, à 8h30, n’était pas forcément respecté car l’instit étant présent plus tôt pour préparer sa classe, l’élève venait parfois plus tôt, apprenait ses leçons en silence, sollicitait le maître qui pouvait faire de l’aide personnalisée.
Et personne ne trouvait les horaires démentiels. Et les enfants n’étaient pas sur les genoux.
Il n’y avait pas de vacances de Toussaint, moins de deux semaines entre Noël et Nouvel an. Pas de vacances d’hiver. Quinze jours à Pâques. Et 10 semaines de grandes vacances du 14 juillet au 1e octobre.
Et il n’y avait personne pour nous parler de cycles de sept semaines, avec quinze jours de repos, système déformé par les exigences hôtelières et de l’industrie de la neige.
Personne ne se plaignait. Et les enfants n’avaient pas perdu leurs acquis après plus de deux mois de vacances d’été.
Et oui. Les enfants étaient-ils différents. Non ! On les a fait différents.
Je voudrais tout d’abord vous dire à quel point je trouvais une hérésie les propos du ministre Jospin qui voulait mettre l’enfant au centre du système éducatif. Non ! Au centre de l’école est la connaissance. C’est ce qui rendra libre.
La connaissance, tout le monde doit être à son service, l’enfant, l’enseignant, les parents. Et c’est parfois dur. Dur d’apprendre mon enfant. Dur de se colleter à essayer d’imprégner l’élève de ce qu’on juge utile qu’il sache. Dur de se lever le samedi pour mettre l’enfant à l’école.
Les parents ont vite considéré l’école comme un service rendu. Un endroit avant tout de garde pendant qu’ils vont travailler, faire les courses ou se divertir.
La porte était ouverte au périscolaire, aux activités annexes, mais aussi au service de garde quand l’instituteur est en grève.
Peu importe que ce jour là, l’enfant n’apprenne rien, il est gardé.
Et même quand l’enseignant est malade, il est difficile de mobiliser les parents, si à tout le moins l’enfant est accueilli dans une autre classe. L’école n’est plus un lieu de connaissance, mais une vaste garderie.
Ecartons les scories de mon propos. Retraité depuis plus de quinze ans, je suis toujours syndiqué. Je trouve que les instits travaillent, et souvent bien. Je pense qu’ils ne sont pas assez payés.
Pour autant, je trouve aussi qu’ils ne prennent pas leurs fonctions dans leur globalité. Je trouve que le temps de classe hebdomadaire n’est pas assez important.
En 1968, j’ai fait 3 semaines de grève. Nous voulions transformer l’école.
Pour ne pas le faire, le ministre Edgar Faure décide d’enlever 3 heures par semaine. Démagogie pour les instits et pour les parents.
Le service de l’étude est régi par un système qui ôte toute autonomie à l’instituteur en le mettant sous la coupe de la mairie ou d’une association. Et voilà qu’apparaît le périscolaire. De ce fait, l’instituteur a relégué sa fonction d’animateur, le sport scolaire, les colonies de vacances, aux mains maintenant de professionnels de l’animation.
Un problème était posé aux parents. Il y avait la fameuse journée pédagogique. Une journée sans classe. Intolérable.
On passe à 26 heures. On met dans ces heures les conseils d’école, dont il y aurait beaucoup à dire, la journée pédagogique et les différentes réunions de concertation.
Le ministre Luc Chatel qui ne voulait pas que du bien à l’école de la République, passe à 24h sous les applaudissements des parents et des enseignants.
Je suis peut-être bête. On ne fait en 24h pas ce qu’on faisait en 30h.
D’autant qu’on a alourdi la barque avec l’informatique, les langues et toutes sortes d’opérations humanitaires qui n’ont rien à voir avec l’école.
Il faut donc augmenter la durée hebdomadaire de classe.
Il faut que l’enseignant prenne en compte l’ensemble de ses tâches, toutes celles qui étaient enseignées à l’école normale. L’instituteur ne doit pas arriver à 8h20 avec sa mallette pleine de belles préparations. L’instituteur ne doit pas se considérer comme un ouvrier qui travaille en fini quitte.
Il doit connaître ses élèves, leur environnement familial dans tous ses aspects sociaux et culturels. C’est d’ailleurs pour cela qu’il s’engageait volontiers dans les associsions ou les clubs, les seyndicats et dans la vie municipale. Il y était apprécié.
L’enseignant ne doit pas faire de l’aide personnalisée à heure fixe, dans des conditions douteuses, pour très peu d’élèves à condition que les parents le veuillent bien.
Le soutien n’est pas le travail de spécialistes, il est d’abord le souci du maître, quitte à appeler en seconde intention un maître rééducateur, un psychologue, un orthophoniste, etc. Mais en premier, c’est son souci.
Ce qui veut dire que le métier d’instituteur est un travail plus qu’à plein temps.
J’enrage de voir une femme qui dit privilégier sa vie de famille.
J’enrage de voir un enseignant qui dit privilégier ses études, ou ses passions et activités personnelles. On est d’abord instituteur.
Mais me direz-vous, la durée de classe est trop longue. L’enfant se fatigue.
Non ! La classe ne fatigue pas l’enfant, c’est tout ce qu’il y a autour.
D’abord, et je ne vous l’apprendrai pas, la télévision. L’enfant y est suspendu depuis le lever jusque souvent fort tard dans la nuit. Pour voir quoi. Pour apprendre quoi ?
Gully, dessin animé souvent laid et sans vision culturelle.
Où est-elle passée la télévision scolaire qu’on proposait sur les chaînes publiques ?
A la place l’enfant regarde des publicités avec des barres chocolatées et un bandeau : Pour votre santé, etc…. Honteux.
Qui osera me dire que cela cultive et instruit le jeune être qui est en extase devant ?
Et puis il y a les parents. A peine sorti de l’école, l’enfant doit aller au cours de chant de dessin de poney, etc etc. Il faut courir d’un endroit à l’autre, c’est payant. En réalité c’est occupationnel pendant que les parents sont au travail ….
C’est donc cette vie infernale qui fatigue l’enfant. Pas l’école.
Et que dire de sa mémoire.
On nous dit que l’attention des enfants ne tient pas le choc. Qu’il n’y a que des rebonds d’attention.
Pas étonnant alors qu’il est soumis cette profusion d’images et de sons, il ne reste plus de place pour mémoriser ce qui doit l’être. Les enfants d’aujourd’hui sont vifs, aptes à des choses plus difficiles. Mais ils ne mémorisent pas.
La semaine scolaire était rythmée avec une pause. Le jeudi, devenu mercredi avait ce mérite. L’enfant pouvait se reposer, se reprendre. Vincent Peillon ne leur laisse même pas ce plaisir.
Les petites vacances qui devraient respecter les fameux rythmes 7 semaines et deux semaines ne le font pas sous la pression des lobbys hôteliers. Mais surtout, lors de ces vacances :
Il y a les veinards qui vont au ski. Vite vite pour profiter au maximum de la neige. Oui mais les enfants rentrent lessivés.
Il y a ceux qui doivent vite rejoindre papa, car la famille est recomposée. Le papa fait faire plein de choses pour qu’il ne soit pas dit. L’enfant rentre usé.
Il y a celui qui va au centre aéré car papa et maman travaillent, lever de bonne heure, une journée de centre, il connaît, il y va tous les ans, il est fatigué à la fin.
Il y a ceux qui n’ont pas cette chance. Alors, c’est quinze jours de Gully. Fatigue des yeux, lassitude, impression de n’avoir rien fait. Deux semaines perdues.
Mais surtout, ce qui me met en colère contre cette réforme, c’est une privatisation rampante de l’école.
Il est acquis que l’école, c’est de 7 heures à 18 heures. Post et périscolaire, cantine, centre aéré. Remarque : aucun texte n’oblige les municipalités à faire cela. Elles s’en déchargent parfois sur des associations. Mais les parents sont électeurs.
Et ces services sont souvent payants.
Monsieur Peillon veut que la classe finisse à 15h30. Il annonce. Aucun enfant ne quittera l’école avant 16h30. Avec qui ? En général, ce sera payant. Comment peut on dire que ce qui est obligatoire n’est pas gratuit ? On veut faire entrer dans l’école des associations privées.
Autrefois, le directeur d’école décidait de qui pouvait utiliser les locaux scolaires.
Maintenant, ce sont les maires, ils prêtent l’école à toutes sortes d’associations. Demain sera pire. Et aucune garantie ne sera donnée sur la laïcité ou le républicanisme des occupants.
Mais il y aurait tant à dire que je préfère m’arrêter.
Rythmes scolaires
Je voudrais commencer par vous lire mon journal local de la semaine dernière. On y parlait des rythmes scolaires.
On interroge monsieur Hubert Montagner chercheur à l’inserm et spécialiste du rythme de l’enfant
Le titre fait réfléchir :
Derrière chaque écolier il y a un enfant. Et oui, et il aurait pu ajouter, chaque enfant est différent de l’autre.
Ensuite il nous ressort les arguments habituels. On travaille mieux le matin que l’après-midi. On savait. C’est pour cela que les allemands font classe le matin.
Il nous dit que de 14h à 16h ; il y a un rebond de vigilance. Ça dépend de ce qu’on a mangé. Bref rien de spécial et qu’on ne sache déjà.
Quel instituteur digne de ce nom ne plaçait pas de 15 à 16h gymnastique, dessin, musique, matières qui nécessite moins d’attention.
Le reste est plus intéressant :
Il nous dit que les capacités d’attention varient en fonction de l’âge, mais aussi de l’état de sécurité affective.
Les enfants qui subissent des troubles du sommeil, ou vivent dans un climat intrafamilial en déficit d’affection n’ont pas ce rebond d’attention de l’après-midi et ils sont généralement en difficulté scolaire.
Il vient de nous apprendre que les enfants qui ne sont pas heureux chez eux ont de moins bons résultats.
Mais ce grand « spécialiste » ajoute quelque chose que je suis incapable de comprendre.
Il faut enfin prendre conscience que derrière chaque élève, il y a un enfant.
D’où la nécessité d’une implication entre l’équipe éducative et la mairie, les associations, les clubs, qui s’investiraient dans l’école.
Pour ma part, je suis persuadé que la pédagogie est une science expérimentale. En ce sens, on apprend en observant l’enfant, en essayant, en constatant ses échecs et ses réussites, en en tenant compte.
On ne fait pas de pédagogie à la suite d’études de laboratoires. Ce n’est pas affaire de tubes à essais, de microscopes, de spécialistes hyper pointus. Mais on progresse par sa propre expérience. C’est souvent une affaire de don et de goût. On est ou on n’est pas pédagogue, on l’est si on aime les enfants.
Chaque enseignant est différent de l’autre, chaque enfant est différent de l’autre.
Pierre Rothiot disait : On ne peut être un bon enseignant si on n’a pas soi-même des enfants. Raisonnement un peu douteux ! Mais il disait quelque chose de plus subtil, et je regrette de ne pas avoir suivi ce précepte :
Si vous avez un enfant, achetez un carnet et notez tout ce que vous pouvez observer.
Je voudrais donc maintenant parler du sujet à la lumière de ma vie d’élève, de ma vie d’instituteur, de ma vie de père et de grand père.
Elève et jeune instituteur j’ai vécu au rythme de 30 heures de classe par semaine. Il fallait y ajouter 4h d’études, ce qui fait que l’enfant quittait l’école à 18h.
L’horaire de début de classe, à 8h30, n’était pas forcément respecté car l’instit étant présent plus tôt pour préparer sa classe, l’élève venait parfois plus tôt, apprenait ses leçons en silence, sollicitait le maître qui pouvait faire de l’aide personnalisée.
Et personne ne trouvait les horaires démentiels. Et les enfants n’étaient pas sur les genoux.
Il n’y avait pas de vacances de Toussaint, moins de deux semaines entre Noël et Nouvel an. Pas de vacances d’hiver. Quinze jours à Pâques. Et 10 semaines de grandes vacances du 14 juillet au 1e octobre.
Et il n’y avait personne pour nous parler de cycles de sept semaines, avec quinze jours de repos, système déformé par les exigences hôtelières et de l’industrie de la neige.
Personne ne se plaignait. Et les enfants n’avaient pas perdu leurs acquis après plus de deux mois de vacances d’été.
Et oui. Les enfants étaient-ils différents. Non ! On les a fait différents.
Je voudrais tout d’abord vous dire à quel point je trouvais une hérésie les propos du ministre Jospin qui voulait mettre l’enfant au centre du système éducatif. Non ! Au centre de l’école est la connaissance. C’est ce qui rendra libre.
La connaissance, tout le monde doit être à son service, l’enfant, l’enseignant, les parents. Et c’est parfois dur. Dur d’apprendre mon enfant. Dur de se colleter à essayer d’imprégner l’élève de ce qu’on juge utile qu’il sache. Dur de se lever le samedi pour mettre l’enfant à l’école.
Les parents ont vite considéré l’école comme un service rendu. Un endroit avant tout de garde pendant qu’ils vont travailler, faire les courses ou se divertir.
La porte était ouverte au périscolaire, aux activités annexes, mais aussi au service de garde quand l’instituteur est en grève.
Peu importe que ce jour là, l’enfant n’apprenne rien, il est gardé.
Et même quand l’enseignant est malade, il est difficile de mobiliser les parents, si à tout le moins l’enfant est accueilli dans une autre classe. L’école n’est plus un lieu de connaissance, mais une vaste garderie.
Ecartons les scories de mon propos. Retraité depuis plus de quinze ans, je suis toujours syndiqué. Je trouve que les instits travaillent, et souvent bien. Je pense qu’ils ne sont pas assez payés.
Pour autant, je trouve aussi qu’ils ne prennent pas leurs fonctions dans leur globalité. Je trouve que le temps de classe hebdomadaire n’est pas assez important.
En 1968, j’ai fait 3 semaines de grève. Nous voulions transformer l’école.
Pour ne pas le faire, le ministre Edgar Faure décide d’enlever 3 heures par semaine. Démagogie pour les instits et pour les parents.
Le service de l’étude est régi par un système qui ôte toute autonomie à l’instituteur en le mettant sous la coupe de la mairie ou d’une association. Et voilà qu’apparaît le périscolaire. De ce fait, l’instituteur a relégué sa fonction d’animateur, le sport scolaire, les colonies de vacances, aux mains maintenant de professionnels de l’animation.
Un problème était posé aux parents. Il y avait la fameuse journée pédagogique. Une journée sans classe. Intolérable.
On passe à 26 heures. On met dans ces heures les conseils d’école, dont il y aurait beaucoup à dire, la journée pédagogique et les différentes réunions de concertation.
Le ministre Luc Chatel qui ne voulait pas que du bien à l’école de la République, passe à 24h sous les applaudissements des parents et des enseignants.
Je suis peut-être bête. On ne fait en 24h pas ce qu’on faisait en 30h.
D’autant qu’on a alourdi la barque avec l’informatique, les langues et toutes sortes d’opérations humanitaires qui n’ont rien à voir avec l’école.
Il faut donc augmenter la durée hebdomadaire de classe.
Il faut que l’enseignant prenne en compte l’ensemble de ses tâches, toutes celles qui étaient enseignées à l’école normale. L’instituteur ne doit pas arriver à 8h20 avec sa mallette pleine de belles préparations. L’instituteur ne doit pas se considérer comme un ouvrier qui travaille en fini quitte.
Il doit connaître ses élèves, leur environnement familial dans tous ses aspects sociaux et culturels. C’est d’ailleurs pour cela qu’il s’engageait volontiers dans les associsions ou les clubs, les seyndicats et dans la vie municipale. Il y était apprécié.
L’enseignant ne doit pas faire de l’aide personnalisée à heure fixe, dans des conditions douteuses, pour très peu d’élèves à condition que les parents le veuillent bien.
Le soutien n’est pas le travail de spécialistes, il est d’abord le souci du maître, quitte à appeler en seconde intention un maître rééducateur, un psychologue, un orthophoniste, etc. Mais en premier, c’est son souci.
Ce qui veut dire que le métier d’instituteur est un travail plus qu’à plein temps.
J’enrage de voir une femme qui dit privilégier sa vie de famille.
J’enrage de voir un enseignant qui dit privilégier ses études, ou ses passions et activités personnelles. On est d’abord instituteur.
Mais me direz-vous, la durée de classe est trop longue. L’enfant se fatigue.
Non ! La classe ne fatigue pas l’enfant, c’est tout ce qu’il y a autour.
D’abord, et je ne vous l’apprendrai pas, la télévision. L’enfant y est suspendu depuis le lever jusque souvent fort tard dans la nuit. Pour voir quoi. Pour apprendre quoi ?
Gully, dessin animé souvent laid et sans vision culturelle.
Où est-elle passée la télévision scolaire qu’on proposait sur les chaînes publiques ?
A la place l’enfant regarde des publicités avec des barres chocolatées et un bandeau : Pour votre santé, etc…. Honteux.
Qui osera me dire que cela cultive et instruit le jeune être qui est en extase devant ?
Et puis il y a les parents. A peine sorti de l’école, l’enfant doit aller au cours de chant de dessin de poney, etc etc. Il faut courir d’un endroit à l’autre, c’est payant. En réalité c’est occupationnel pendant que les parents sont au travail ….
C’est donc cette vie infernale qui fatigue l’enfant. Pas l’école.
Et que dire de sa mémoire.
On nous dit que l’attention des enfants ne tient pas le choc. Qu’il n’y a que des rebonds d’attention.
Pas étonnant alors qu’il est soumis cette profusion d’images et de sons, il ne reste plus de place pour mémoriser ce qui doit l’être. Les enfants d’aujourd’hui sont vifs, aptes à des choses plus difficiles. Mais ils ne mémorisent pas.
La semaine scolaire était rythmée avec une pause. Le jeudi, devenu mercredi avait ce mérite. L’enfant pouvait se reposer, se reprendre. Vincent Peillon ne leur laisse même pas ce plaisir.
Les petites vacances qui devraient respecter les fameux rythmes 7 semaines et deux semaines ne le font pas sous la pression des lobbys hôteliers. Mais surtout, lors de ces vacances :
Il y a les veinards qui vont au ski. Vite vite pour profiter au maximum de la neige. Oui mais les enfants rentrent lessivés.
Il y a ceux qui doivent vite rejoindre papa, car la famille est recomposée. Le papa fait faire plein de choses pour qu’il ne soit pas dit. L’enfant rentre usé.
Il y a celui qui va au centre aéré car papa et maman travaillent, lever de bonne heure, une journée de centre, il connaît, il y va tous les ans, il est fatigué à la fin.
Il y a ceux qui n’ont pas cette chance. Alors, c’est quinze jours de Gully. Fatigue des yeux, lassitude, impression de n’avoir rien fait. Deux semaines perdues.
Mais surtout, ce qui me met en colère contre cette réforme, c’est une privatisation rampante de l’école.
Il est acquis que l’école, c’est de 7 heures à 18 heures. Post et périscolaire, cantine, centre aéré. Remarque : aucun texte n’oblige les municipalités à faire cela. Elles s’en déchargent parfois sur des associations. Mais les parents sont électeurs.
Et ces services sont souvent payants.
Monsieur Peillon veut que la classe finisse à 15h30. Il annonce. Aucun enfant ne quittera l’école avant 16h30. Avec qui ? En général, ce sera payant. Comment peut on dire que ce qui est obligatoire n’est pas gratuit ? On veut faire entrer dans l’école des associations privées.
Autrefois, le directeur d’école décidait de qui pouvait utiliser les locaux scolaires.
Maintenant, ce sont les maires, ils prêtent l’école à toutes sortes d’associations. Demain sera pire. Et aucune garantie ne sera donnée sur la laïcité ou le républicanisme des occupants.
Mais il y aurait tant à dire que je préfère m’arrêter."

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