Le travail réalisé dans les communes que j'ai accompagnées

claireleconte Par Le 29/03/2017

Le travail mené avec les communes pour participer à la refondation de l’école

Voici comment j’ai travaillé dans les communes qui m’ont demandé de les accompagner. 

Tout d’abord, sont organisés des temps, (conférences, soirées débat, ateliers de formation) au cours desquels je peux délivrer un socle commun de connaissances  concernant les rythmes des enfants : cela me permet de rencontrer tous les adultes, parents, enseignants, animateurs, atsem, techniciens de la collectivité, élus qui auront un rôle à jouer dans la construction du PEdT. 
J’ajoute ici que ma vision de ce Projet, d’emblée signalée à ceux qui me demandent une intervention, est qu’il doit être co-construit, c’est-à-idre qu’il doit associer des représentants de toutes les catégories d’adultes qui ont en charge l’enfant au cours de sa journée et de sa semaine. C’est ce à quoi doivent servir les comités de pilotage. 


Dans mes premières interventions, j’insiste beaucoup sur le fait que le temps strictement scolaire, 864 h annuelles obligatoires pour tous les enfants, représente moins de 10% du temps de vie total de l’enfant, ce qui, évidemment, surprend tout le monde mais permet ensuite rapidement de montrer que chacun a sa part de responsabilité dans la fatigue des enfants et leur bien-être. Et ça marche ! D’autant qu’alors je peux insister sur la nécessité sur l’importance de conserver une régularité dans le rythme veille-sommeil des enfants, week-end et petites vacances compris !
Je peux aussi alors insister sur l’importance de connaître les rythmes de chacun de nos enfants mais aussi de leur apprendre à bien repérer leurs différents états physiologiques, ce qui n’est jamais fait, alors qu’en le faisant en classe, on ne peut que constater que les enfants n’ont même jamais appris à reconnaître leur état de fatigue. Ces connaissances sont importantes car c’est grâce à elles que les enfants – et leurs parents - vont pouvoir apprendre la « bonne heure » pour aller dormir, qui ne se trouve pas dans les livres, et ainsi avoir une bonne nuit de récupération. 

Après avoir apporté à tous les adultes les connaissances indispensables en chronobiologie, avoir rappelé les travaux menés depuis le début du 20è siècle (de Binet, de Magnin) sur les temps de meilleure disponibilité des enfants, je peux proposer que soient allongées les matinées de classe, comme elles le sont un peu partout au monde, tout en précisant que celles-ci alors ne doivent plus fonctionner comme elles le font traditionnellement en France, à savoir les consacrer aux maths et au français. Mes recherches en psychologie de l’éducation prennent ici toute leur importance puisqu’elles me permettent d’affirmer, en particulier devant un public d’enseignants, qu’on n’apprend pas à lire-écrire et compter qu’en maths et en français. Je convaincs également qu’il est prouvé que les matières souvent considérées comme secondaires ont le grand intérêt de faire appel principalement à la créativité et à la motricité, peuvent donc facilement contribuer aux alternances dans les séquences pédagogiques, réalisables sur une longue matinée, et ainsi maintenir une disponibilité aux apprentissages beaucoup moins coûteuse pour les enfants mais participent aussi à développer leur motivation, car leur proximité temporelle autorise des liens inter-disciplinaires qui vont progressivement développer la capacité de transfert d’apprentissage chez les enfants.
Ça marche aussi, les enseignants qui ont commencé à tester cela en 2014 ne reviendraient pas en arrière actuellement. Ces matinées plus longues donnent le temps aux enfants de maternelle d’aller au bout de leur activité sans qu’on les bouscule en permanence, et aux plus grands d’avoir constamment des temps de respiration grâce aux alternances dans les séquences pédagogiques. 


Nous avons ainsi des matinées qui selon le cas et l’endroit géographique, vont de 8h30 à midi, ou midi et quart, ou carrément, comme à Lille depuis 20 ans dans un groupe scolaire, de 8h30 à 12h30. 

Les après-midi ne sont donc que de 2h à 2h10, le plus souvent de 14h à 16h10, mais parfois aussi de 14h15 à 16h20 (pour une école rurale en particulier, qui a intégré l’heure d’APC dans son emploi du temps, on peut me demander cet emploi du temps ), trois sont consacrées à l’enseignement, et une après-midi, identique, de 14h à 16h10, à  un parcours éducatif qui ne se résume pas à des TAP (quel bel acronyme, donner des TAP aux enfants !), et surtout pas à des activités occupationnelles, mais sont construits en référence aux compétences qu’on veut faire acquérir aux enfants, ceci en accord avec les enseignants. (on peut me demander des exemples de parcours construits).

Gros travail avec les familles concernant le sommeil des enfants mais aussi la prise du petit  déjeuner, en en précisant le contenu le plus approprié. 
Travail en parallèle avec la commune pour que les enfants qui arrivent tôt puissent apporter leur petit déjeuner et le prennent entre 7h30 et 8h, ensemble, ce qui évite des temps d’attente toujours trop longs pour les enfants. 

J’ai pu obtenir en travaillant ainsi, à la fois de la formation pour les animateurs, mais aussi des temps de concertation entre animateurs et enseignants, avec des heures octroyées par la mairie pour les animateurs et par l’IEN pour les enseignants. Ceci fut obtenu parce que les IEN concernés m’ont suivie dans le travail fourni et n’ont pu que se rendre à l’évidence, c’était ainsi qu’il fallait faire. 

Il est évident qu’on fait comprendre aux parents qu’il est important que leurs enfants participent à ces parcours, car ils vont les aider dans leurs apprentissages, à la fois parce qu’ils se rendront compte qu’ils doivent appliquer des acquis faits en classe pour participer efficacement à ce parcours, mais aussi parce que les enseignants valorisent en classe les compétences ainsi acquises, utilisent également les expériences faites par les enfants dans ces parcours pour les formaliser au regard des apprentissages scolaires à réaliser. 
Les enseignants Freinet connaissent évidemment bien la valeur des expériences hors école, mais je n’ai pu que constater c’est loin d’être le cas le plus habituel ; dans une commune avec laquelle je travaille, où l’IEN est convaincu du bien-fondé de ce que je propose, celui-ci a organisé une journée de formation continue pour les enseignants autour de la notion de « parcours ». 

Cette organisation a permis aux enseignants une réelle amélioration dans leur qualité de vie professionnelle, nous n’avons pas précarisé les emplois des animateurs, bien au contraire, ce modèle fonctionne aussi bien en rural qu’en urbain. 
Les journées comme la semaine des enfants sont réellement allégées, car comme on fait beaucoup de choses sur les matinées, on peut vraiment se permettre d’alléger, y compris cognitivement, les après-midi.
La sieste en maternelle n’est jamais interrompue.

J’ai aussi travaillé à l’aménagement des temps de midi, tant pour le temps de restauration que pour l’après-repas, les communes ont là aussi joué le jeu. Moins de stress en mangeant, aménagement des espaces (cour, préau) pour avoir des zones de jeux calmes, sieste  mise en œuvre pour tous les enfants qui en ont besoin et dès la fin du repas, sans aller s’énerver pendant une demi-heure dans la cour (convention entre la mairie et l’éducation nationale pour ce faire) et travail avec les plus grands pour leur apprendre à se relaxer à ce moment de la journée particulier puisqu’étant au moment du creux méridien.
J’ai encore proposé aux enseignants de supprimer la récréation du matin, à l’arrivée à l’école, provoquant une hyperexcitation chez les enfants nécessitant ensuite un certain temps avant de retrouver le niveau de vigilance propre à démarrer le travail. Ça marche, et plusieurs collègues m’ont dit faire maintenant la même chose pour le retour en classe l’après-midi, ce qui donne aux enfants une dizaine de minutes de calme qui leur appartiennent, ils apprécient. 

Et finalement aujourd’hui, tout le monde s’y retrouve, d’une part parce que dans les communes qui ont déjà des ressources qu’elles subventionnent, elles peuvent les mettre au service des parcours à construire (dans une commune rurale d’Auvergne le calcul a été fait : entre 3/4 d’h tous les jours ou même 1h/ jour, alors qu’il est difficile de fidéliser des animateurs pour ne venir qu’une heure en fin de journée, - sachant de plus qu’avec le besoin d’alors des enfants de se détendre, le temps d’aller dans un autre local, de sortir le matériel qui sera ensuite à ranger, cette h dite d’activité se résume au mieux à 30 mns -, cette commune s’est rendue compte qu’une telle organisation leur permet d’économiser 15000 euros sur un total de 90000 !), d’autre part parce que les choses sont toujours très claires pour les enfants, leurs journées sont très régulières, et les parents sont satisfaits de ce qui leur est proposé. 

L’une des erreurs est d’avoir fait croire aux maires qu’ils sont obligés d’assurer 3 h d’activités, c’est faux, il n’existe aucun texte précisant cela, quand je l’ai dit lors d’une conférence où étaient présents de très nombreux élus, la directrice de la CAF présente a confirmé que j’avais raison, et a dit que leur texte de financement précise simplement que ce sont 3 h maximum (et pas obligatoirement) qui sont financées dans ce cadre. 

Une telle organisation permet de construire partenarialement un vrai PEdT qui a du sens, sachant aussi qu’en milieu rural, il n’est nullement obligatoire d’avoir un ALSH pour pouvoir construire un PEdT ; autre erreur souvent faite par des maires ruraux. 

Voilà la forme que je proposais depuis 2013, plus avancée encore puisque nous avons un modèle lillois qui fait ses preuves depuis 20 ans, mais nous étions empêchés de la mettre en oeuvre à cause du décret Peillon, copie du décret Darcos, qui obligeait à découper les temps sur 9 demi-journées. Toutes les communes que j’ai commencé à accompagner en 2013 ont attendu 2014 pour se lancer grâce à l’assouplissement proposé par le décret Hamon que nous avons utilisé avec intelligence. 

C’est bien une telle organisation qui permet aujourd’hui aux enseignants de travailler autrement, en constatant que c’est bien au service d’une plus grande réussite de leurs élèves. 

Je n’ai jamais été opposée à la réforme, mais je réclamais justement UNE réforme, ce qui n’a pas été fait avec le découpage des journées imposé par le décret Peillon, c’est fort dommage pour les enfants qui subissent ces journées mal organisées. 
Et rien ne sert de financer davantage les « TAP », c’est bien les organiser autrement et surtout se souvenir que cette réforme avait comme ambition première de permettre aux élèves de mieux travailler pour mieux réussir. C’est donc en faisant évoluer les pratiques à l’école que cette ambition sera honorée.
En revanche il serait utile que l’éducation nationale reconnaisse la nécessité d’institutionnaliser quelques heures annuelles (9 serait bien) pour qu’une réelle concertation puisse se faire entre les enseignants et les intervenants extérieurs, quels qu’ils soient : un comité de suivi trimestriel permet de ne pas laisser se cristalliser les éventuelles difficultés apparues, et permet d’améliorer les liens entre temps scolaires et temps non scolaires. 

Et il est insupportable d’entendre, au cours de cette campagne présidentielle, que les candidats, tour à tour, ne s’intéressent à cette réforme qu’à partir des activités périscolaires, soit pour les financer davantage, soit pour créer un service public du périscolaire, soit pour laisser la main aux communes pour les assurer ou non ! Aucun candidat ne s’est interrogé sur les changements produits sur la plus grande réussite des enfants en classe ! C'est ce qui m'a aussi fait réagir dans une Tribune publiée sur ToutEduc : 

http://www.touteduc.fr/fr/archives/id-13532-la-reforme-des-rythmes-scolaires-a-oublie-l-ecole-une-tribune-de-claire-leconte-